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Origine des plantes en culture > Recherche sur le terrain

Recherche sur le terrain

Rechercher avec succès des Joubarbes sur le terrain nécessite d'une part de bien connaître leurs exigences et d'autre part d'utiliser certains trucs et combines qui augmentent considérablement le taux de succès.


 Sommaire :

1. A propos des indications d'origine et de stations

1.1. Comment rédiger les indications

1.1.1. Les indications toponymiques

1.1.2. Le principe de la cascade

1.1.3. Divisions administratives et géographiques

1.1.4. L'altitude

1.1.5. L'indication des coordonnées

1.2. Comment utiliser les indications

1.3. Les indications en coordonnées

1.4. L'intérêt du GPS

1.5. Fiabilité des indications de stations

2. Méthodologie de la recherche in situ

2.1. L'altitude

2.1.1. Remarques à propos du calage des altimètres

2.2. La macrotopographie

2.3. La microtopographie

2.4. L'orientation du site

2.5. Les effets microclimatiques locaux

2.6. L'observation de la végétation ambiante

2.7. L'époque de la recherche

2.8. Autres...


1. A propos des indications d'origine et de stations

Trouver des Joubarbes in situ permet avant tout de les observer dans leur contexte naturel mais l'information représenté par leurs localisations doit aussi être stockée sous une forme utilisable par la suite.

1.1. Comment rédiger les indications

Que ce soit pour certaines Joubarbes ou pour bien d'autres plantes aux stations naturelles limitées en nombre ou en ampleur, beaucoup d'indications des sites d'origine qui sont fournies par la littérature, les amateurs, voire le commerce horticole, sont insatisfaisantes.

Même quand elles sont parfaitement exactes, elles restent le plus souvent difficilement utilisables car rédigées suivant une méthodologie insuffisante voire défectueuse. Même certaines publications dites scientifiques, ou plutôt leurs auteurs, ne sont pas, eux non plus, toujours exempts de ce défaut...

En effet, la manière d'indiquer la station d'une plante ou de référencer à sa station une plante collectée n'est pas indifférente, car elle doit permettre à quiconque de retrouver la plante ultérieurement si nécessaire, afin par exemple de confirmer le bien-fondé de l'identification initiale, de constater l'évolution de la station, etc. Cela paraît une évidence et n'est pourtant que rarement réussi, voyons pourquoi :

1.1.1. Les indications toponymiques

En ce domaine, il est nécessaire d'éviter tout autant le vague que l'excès de précision.

Indiquer une station par un toponyme qui n'est signalé que sur les seules cartes d'état-major est parfaitement inutile quand on ignore laquelle de ces cartes consulter ! ... ou que celle-ci est impossible à se procurer dans le cas de certaines cartes étrangères ! De plus, les toponymes très locaux constituent des références aussi précises qu'elles sont peu fiables, car ces toponymes varient beaucoup avec le temps et suivant les documents consultés, quand ils ne possèdent pas de nombreux homonymes dans le même secteur...

Il est donc nécessaire de se référer au lieu géographique le plus proche qui soit indiqué de manière constante et stable par les cartes routières (de préférence aux seules cartes topographiques) ou les atlas les plus courants, auquel on adjoindra une direction géographique (et éventuellement une distance et/ou une altitude). Par exemple : "NW du Col du Grand Machin, 2200 m" est une indication plus utile et plus parlante, même si elle paraît plus vague, que "Rocher du Petit Truc" que l'on rechercherait vainement dans les index des documents cités.

De même, le flou artistique est à proscrire : l'indication "Massif du Grand Bidule" constitue plus une invitation au tourisme qu'une véritable aide à la localisation si la plante n'y est pas réellement commune et omniprésente. On réservera donc les indications vagues, et dans ce cas sciemment, aux seuls cas de stations dont la localisation précise par le grand public n'est pas souhaitable (risque de prélèvements ou cueillettes excessives, piétinement). Cette précaution élitiste est très exceptionnellement justifiée et ne peut en aucun cas être posée en principe. De plus, elle est parfaitement illusoire, la pression exercée sur une population végétale par certains botanistes et collectionneurs étant bien souvent plus redoutable que celle du grand public, car plus sélective et surtout beaucoup plus "efficace".

1.1.2. Le principe de la cascade

Il est souhaitable d'indiquer une localisation d'origine par un système en cascade, bien sûr dans les limites de la concision imposée par le support : on fera évidemment plus court sur une étiquette que dans une publication scientifique...

De la même manière qu'on utilise des rangs nomenclaturaux hiérarchisés pour désigner nos chères plantes, on doit s'en inspirer pour dénommer leurs stations. Chaque indication de rang supérieur accélère la localisation du rang inférieur, tout en évitant les redoutables problèmes d'homonymie. On indiquera donc :

Pays -> Province administrative -> Ville la plus proche -> Système montagneux général -> Chaîne individuelle -> Sommet ou Col de référence -> direction et/ou distance par rapport à la référence -> altitude du site -> toponyme précis du site.

Même s'il est rare de devoir utiliser tous ces degrés (on pourra cependant parfois en ajouter d'autres ou en modifier l'ordre) le principe de la cascade reste valable dans tous les cas.

1.1.3. Divisions administratives et géographiques

Attention ! Il est nécessaire de séparer clairement dans une indication d'origine ce qui est du domaine des divisions administratives de ce qui est du domaine des divisions géographiques, quand ces deux échelles ne s'accordent pas, ou sont source de confusion.

Par exemple :

"France, Auvergne, Puy-de-Dôme, Banne d'Ordanche"

...est parfaitement correct et précis mais ambigu pour un lecteur étranger, qui risquera de chercher longtemps la Banne d'Ordanche dans les Monts Domes ! ...sinon sur le Puy de Dome lui-même !!!

[France, Puy-de-Dôme / Massif Central : Monts Dore]
NE de la Bourboule : Banne d'Ordanche

...est à peine plus long et permet de localiser immédiatement la Banne d'Ordanche avec n'importe qu'elle carte routière, même si ce sommet n'est pas nommément indiqué sur la carte utilisée.

Si l'on se contente d'un seul système de divisions, on donnera toujours la priorité aux divisions géographiques. En effet, la corrélation entre les divisions administratives et géographiques varie avec le temps. Par exemple, bien des plantes signalées en Hongrie dans les anciens documents doivent en fait être maintenant recherchées au coeur de l'actuelle Roumanie, de même pour l'ancien Tyrol dont la majeure partie est maintenant en Italie, etc... Les frontières bougent, les systèmes administratifs se modifient et les indications deviennent un jour ou l'autre obsolètes. Par contre, personne n'a encore réussi à déplacer les montagnes !

1.1.4. L'altitude

Il est hautement souhaitable d'intégrer l'altitude à la mention de localisation du site, mais en ce domaine l'excès de précision est également à bannir car trompeur.

La mesure de l'altitude, sauf si elle se réfère à un point géodésique particulier des cartes, est en effet entachée d'une incertitude telle (voir les remarques à propos du GPS et du calage des altimètres à capsule) qu'il est inutile et même incorrect de l'indiquer avec une précision verticale inférieure à une cinquantaine de mètres, voire à une centaine de mètres. La vraie rigueur en ce domaine est souvent de se contenter d'un simple ordre de grandeur ou d'un intervalle suffisant. Ainsi il serait parfaitement farfelu d'indiquer le chiffre précis indiqué par votre altimètre quand son dernier calage a eu lieu la veille... qu'il y a du vent... que la température a varié... ou que l'altitude de mesure diffère beaucoup de l'altitude de calage... Tout ce que vous pouvez alors indiquer comme altitude de localisation du site est un arrondissement aux cent mètres les plus proches et avec une marge d'incertitude non négligeable dans un sens comme dans l'autre.

1.1.5. L'indication des coordonnées

Si les autres indications sont correctement rédigées, elle est facultative, bien que toujours utile. Elle peut cependant les remplacer à elle seule (Voir plus bas le paragraphe : Les indications en coordonnées)

1.2. Comment utiliser les indications

Il s'agit cette fois non plus de rédiger soi-même une indication de station mais de se servir d'une indication fournie par autrui. Il est alors nécessaire d'utiliser le raisonnement inverse de celui qui a présidé à la rédaction de l'indication et de reconstituer les chaînons manquants de la cascade précédemment évoquée.

Il faut se souvenir qu'une grande majorité des indications de localisation ne sont que des lieux de références et non le site même de la station. Cela est particulièrement vrai dans les publications anciennes. Si la localité indiquée est par exemple un village, il est inutile de chercher des Joubarbes sur la place de l'église ou dans les faubourgs ! Remontez plutôt la vallée du cours d'eau qui le traverse, gravissez les crêtes qui le surplombent, etc.

Si vous ne possédez qu'une indication unique mais trop vague pour une Joubarbe que vous savez ponctuelle, ne cherchez pas à jouer au plus malin... Ne foncez pas directement dans des lieux tortueux à l'accès acrobatique. Gardez à l'esprit que celui qui l'a trouvée le premier l'a nécessairement fait par hasard et souvent sans chercher. Aussi restez le plus possible sur les sentiers, n'inspectez que les sites favorables les plus évidents, les plus proches et les plus faciles d'accès, essayez de raisonner et de vous comporter comme si vous ignoriez la présence de la plante que vous cherchez et vous aurez alors de fortes chances de tomber rapidement dessus. Et c'est seulement après l'avoir trouvée, ou en cas d'échec prolongé, que vous pourrez vous lancer dans l'exploration fine des recoins tarabiscotés alentours pour la dénicher ou juger de son extension locale. Quand on ne suit pas ce conseil, cela se passe généralement de la manière suivante : on commence par s'épuiser et passer un temps fou dans une ascension crapahutante aux détours innombrables, puis, une fois le sommet péniblement atteint, on y médite un moment sur le peu de fiabilité des indications de l'auteur consulté (avec quelques noms d'oiseaux bien choisis... ) pour finalement découvrir la plante un peu plus tard, alors qu'on ne la cherchait plus, en redescendant tranquillement par le sentier principal...

1.3. Les indications en coordonnées

Les indications d'origine exprimées dans un système de coordonnées, latitude/longitude exprimées en degrés, coordonnées UTM, projections de Lambert, ou autres systèmes de projection, seront de préférence données en complément d'une indication géographique pour de simples raisons de clarté, bien qu'elles puissent se suffire à elles-même. L'avantage du système traditionnel, lat/long. en degrés par rapport au méridien de Greenwich, est sa simplicité de compréhension et son universalité. Son grand inconvénient est que la conversion en distance de l'unité de mesure de la longitude, le degré, varie avec la latitude (car les méridiens convergent aux pôles), alors que la conversion de l'unité de latitude, le degré également, reste fixe (les "parallèles" le sont par rapport à l'équateur). Le rapport de la valeur en distance de ces deux unités varie donc lui aussi avec la latitude ! On voit donc que la précision d'une indication en degrés de lat/long. varie suivant la latitude. C'est l'une des raisons de l'utilisation des autres systèmes de projection, la plupart permettant un quadrillage régulier mais limité à une zone donnée qu'il est nécessaire de préciser en association avec les coordonnées proprement dites. Le maillage UTM est souvent utilisé dans les travaux de botanique de terrain.

Les indications de stations en coordonnées sont par nature indépendantes des variations et incertitudes toponymiques, et n'ont pas besoin de localisation en cascade. Elles sont également par définition précises, mais encore faut-il qu'elles le soient suffisamment en pratique... Elles nécessitent en effet pour les établir, et ensuite pour les utiliser, un assortiment considérable et malcommode de cartes topographiques détaillées. Et cela ne suffit pas toujours ! Pour retrouver certaines stations extrêmement ponctuelles, il est nécessaire que la carte utilisée soit établie dans les mêmes systèmes de projection et de coordonnées que ceux concernés par l'indication fournie, ce qui n'est pas toujours le cas...

Du moins ces inconvénients restaient vrais jusqu'à il y a peu, car depuis sont apparus les appareils GPS portables, qui ont apporté un intérêt nouveau aux indications en coordonnées.

1.4. L'intérêt du GPS

GPS est l'acronyme de Global Positioning System ou Système de Positionnement Global. Un récepteur GPS décode (sans redevance ! ) certains signaux émis par le réseau des satellites de positionnement de l'armée américaine. Cette sorte de goniométrie spatiale permet, en quelques secondes, de se situer en latitude, longitude et altitude en n'importe quel point de la planète.

Récepteur GPS portable

Le modèle présenté n'est plus vraiment du dernier cri, mais rend et rendra encore bien des services. La plupart des récepteurs GPS récents sont encore plus petits.

Le faible poids et encombrement des versions portables (à piles, et tenant aisément dans une poche) et la chute rapide de leur prix devrait à l'avenir révolutionner certaines pratiques en botanique de terrain : plus besoin de cartes pour définir les coordonnées d'un site et surtout plus besoin de longues recherches sur papier et sur le terrain pour retrouver ce site par la suite ! Sur place, il n'est même pas nécessaire de noter les coordonnées du site : une simple pression sur une touche et celles-ci seront enregistrées à demeure dans la mémoire de l'appareil ! Vous pourrez ensuite les transcrire tranquillement de retour chez vous.

De plus, l'appareil dispose de nombreuses fonctions de navigation pour vous aider à vous rendre à une station dont vous connaissez d'avance les coordonnées ! Vous rentrez celles-ci dans l'appareil et vous suivez le guide... en théorie, car ces fonctions de navigation sont plus adaptées aux conditions maritimes ou de plaine qu'à la tortuosité des zones de montagne, reconnaissons-le...

La précision des appareils les plus bas de gamme atteint tout de même la valeur remarquable d'une quinzaine de mètres, et les appareillages professionnels et surtout militaires font encore mieux (à 1 m près ! ). Utilisés comme altimètres ces appareils ont l'intérêt de supprimer les perpétuelles variations météorologiques du calage des altimètres à capsule. Ces appareils vous fournissent en plus l'heure ultra-précise (via les horloges atomiques des satellites), et les heures locales de lever et coucher du soleil, ce qui n'est pas inutile en montagne.

De plus en plus employé par les amateurs et les botanistes, le GPS portable fait maintenant partie de la panoplie du parfait petit botaniste herborisant au même titre que la loupe et le carnet de notes.

Il ne faudrait cependant pas croire que le GPS soit une panacée. Ce système présente en effet quelques sérieuses limitations :

- La consommation électrique importante du récepteur : en cas d'utilisation prolongée le budget piles risque d'être assez conséquent, et il est irritant de se retrouver avec les piles à plat au moment important sur le terrain. Le réflexe est de compenser ceci par la coupure de l'appareil entre les mesures ponctuelles, mais si l'on se trouve en zone de réception difficile, ce qui est souvent le cas en montagne, l'appareil mettra beaucoup de temps avant d'accrocher à nouveaux des signaux satellites faibles voire échouera à le faire, alors qu'il resterait capable de simplement les suivre une fois ceux-ci accrochés. L'astuce peut consister à s'éloigner pour effectuer l'accrochage en zone plus dégagée et revenir ensuite au point à mesurer. Le budget pile peut être diminué par l'usage d'accus mais il faut pouvoir les recharger sur le terrain (choisir un chargeur de voiture).

- L'accrochage des satellites nécessite un espace relativement dégagé. En effet, certains de ceux-ci sont assez bas sur l'horizon (20°), et l'appareil doit en capter un minimum de trois pour pouvoir calculer une position horizontale (latitude/longitude), et un minimum de quatre pour calculer l'altitude. Or il est dommage de se passer de ce dernier paramètre pour des plantes de montagne comme le sont les Joubarbes. Dans les sites très encaissés, un petit altimètre à capsule en secours n'est donc pas inutile, surtout que le GPS permettra éventuellement de contrôler ultérieurement (hélas assez grossièrement, et à condition de le laisser fonctionner fort longtemps) son calage.

- Si on utilise l'appareil par intermittence (c.à.d. en le coupant entre chaque mesure) la mesure de l'altitude est alors peu fiable car excessivement longue à se stabiliser voire nécessitant parfois une réinitialisation de l'appareil pour l'abréger (et donc la consultation de l'altimètre ! ). Pour utiliser le GPS par intermittence comme altimètre, il faut donc passer un temps fou lors de chaque mesure, et comme les journées ne font que 24 heures, celui-ci n'est guère utilisable en pratique. En usage en continu ce problème s'atténue ou disparaît mais on retombe dans celui de la consommation électrique...

- La précision effective est souvent bien moindre que la précision théorique des appareils. En effet, pour éviter un détournement d'usage des appareils civils, certains signaux émis étaient, jusqu'en avril 2000, systématiquement entachés d'une incertitude volontaire et variable (le S.A.) qui diminue la précision des mesures, sans cependant dépasser 100 m sur le plan horizontal et 150 m sur le plan vertical. Si l'on désire passer outre à cette limitation, il existe des systèmes émettant des données de correction différentielle de ces erreurs de mesure, et des récepteurs de ces signaux que l'on couple au récepteur satellite, mais on sort à ce moment du domaine de l'appareil de poche simple et bon marché... Depuis mai 2000, le S.A. est pratiquement supprimé, tout du moins de manière systématique, c.à.d. qu'il est dorénavant limité aux seules zones "sensibles" mais la définition de celles-ci reste toujours à la discrétion des seules autorités américaines... On peut néanmoins espérer utiliser les capacités réelles de ces appareils dans la majorité des cas.

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Le matériel électronique évoluant particulièrement vite (ainsi les GPS commencent à apparaître intégrés à des montres-bracelet ou des téléphones portables), on peut supposer que certaines de ces observations seront déjà obsolètes avant que vous ayez seulement fini de lire ces lignes.

1.5. Fiabilité des indications de stations

Pour utiliser efficacement les indications fournies par la littérature encore faut-il que celles-ci soient exactes, ce qui pour les Joubarbes est loin d'être toujours le cas... Le problème n'est pas particulier à ce genre car toutes les flores regorgent d'indications erronées et invérifiées pour nombre de plantes, mais il présente pour celui-ci une importance rarement rencontrée dans d'autres genres... On peut en effet trouver comme indications de localisation de certains taxons vraiment tout et n'importe quoi.
Quelles en sont les raisons ? :

Ceci s'explique aisément par le fait que les données des flores ne sont évidemment pas constituées des seules constatations visuelles de leurs auteurs (une vie n'y suffirait pas... ) et contiennent nombre de données tirées de multiples relevés effectués par d'autres botanistes. Sempervivum n'est qu'un genre parmi d'autres et, aussi éminent et consciencieux soit-il, tout botaniste n'est pas forcément spécialiste de ce genre aux espèces protéiformes et à la discrimination aussi délicate que sont multiples leurs hybrides. Certaines personnes commettent donc en toute bonne foi de petites et de grosses erreurs d'identification. Ceci est aggravé par le fait que, pour ce genre, on ne puisse guère se référer aux descriptions et clés d'identification des livres pour lever un doute sur le terrain, si doute il y a.

Une confusion entre espèces est pardonnable car c'est une erreur, par contre identifier une espèce en l'absence de certitude est une faute.

Une faute que certains semblent pourtant ne pas hésiter à commettre, considérant sans doute qu'inscrire l'épithète "sp." dans un relevé floristique est une marque d'incompétence et d'ignorance.

Au fil du temps les inexactitudes s'accumulent, sont reprises par d'autres, etc.

Un autre élément ajoute à la confusion : ce que l'on met sous chaque nom d'espèce varie beaucoup avec le temps et le démembrement nomenclatural progressif puis le regroupement qui lui fait toujours suite un jour ou l'autre, mais sans jamais revenir au point de départ...

Le résultat final est donc à utiliser avec circonspection, et le seul moyen de juger de la réalité d'une indication de localité reste encore d'aller soi-même vérifier sur place ! Même ainsi, il sera toujours difficile d'expurger la littérature botanique de toutes ses fausses localisations de taxons, en effet s'il est facile d'affirmer la présence d'une plante sur un site quand on la trouve, il est toujours délicat d'affirmer sa disparition quand on ne la trouve pas, et plus encore d'affirmer qu'elle n'a probablement jamais été présente localement, surtout quand une "notoriété" quelconque a dit le contraire avant vous...

2. Méthodologie de la recherche in situ

Bardé de vos cartes, altimètre, boussole, GPS, rations de survie et crème solaire, vous voilà en région propice avec un tirage de ce document sous le bras et plein d'espoir en tête. Il ne vous reste plus qu'à trouver effectivement les plantes recherchées...

En certains endroits, et pour certaines espèces, le problème ne se pose pas : ainsi en de multiples zones des Alpes il est difficile de parcourir une pelouse sèche sans piétiner des tapis quasi continus de S. arachnoideum et il est nettement plus ardu de trouver un rocher cristallin non colonisé par S. montanum que l'inverse ! En de telles zones la recherche consiste donc le plus souvent à stopper la voiture un peu n'importe où en zone d'altitude suffisante, à faire trois pas et à se baisser...

Cependant, cet état de fait donne une fausse impression de la facilité réelle à trouver certaines Joubarbes. Quiconque ayant fait la constatation sus-citée sera quelque peu désappointé en d'autres zones géographiques, et pourra considérer à tort que beaucoup d'indications des relevés sont fausses et que les plantes sont absentes des zones où elles sont signalées. Elles y sont pourtant bien présentes mais uniquement en des stations bien précises et ponctuelles et on n'aura pas su les trouver... Aussi, que l'on soit en possession d'indications précises ou pas, un minimum de méthodologie s'impose pour une recherche efficace, celle-ci découlant directement des diverses constatations énumérées au fil de ce document. Les principaux éléments peuvent en être résumés de la manière qui suit et sont bien sûr indissociables. Ce sont des règles générales et à ce titre elles admettent de nombreuses exceptions :

2.1. L'altitude

L'altitude la plus propice à la recherche des Joubarbes varie en fonction des espèces, de la latitude et de l'exposition. Vous trouverez dans la littérature des indications souvent aussi nombreuses que diverses pour chaque espèce ou localisation.

Ces indications doivent être considérées avec circonspection et seules celles qui sont précises et ponctuelles pour un site donné unique peuvent être valablement utilisées, et encore... Il ne faut pas perdre de vue que l'indication initiale a pu être biaisée par un mauvais calage de l'altimètre utilisé par l'auteur de celle-ci, ou par une lecture erronée des courbes de niveau des cartes (pas toujours évidentes à suivre... ). Et même si l'indication mentionnée pour l'altitude est parfaitement précise, c'est alors peut-être votre propre altimètre qui est mal calé ! (voir plus bas les remarques sur le calage des altimètres)

Donc, hormis le cas d'une indication ponctuelle précise, il est bien plus efficace pour la recherche de raisonner en étages de végétation, et pour reconnaître ceux-ci malgré les bouleversements artificiels de la déforestation, de se baser sur certains repères objectifs de végétation que peuvent être par exemple la ceinture des rhododendrons dans les montagnes humides ou la limite supérieure des genêts en dôme dans les montagnes méditerranéennes. En début de matinée, l'habituelle ceinture de nuages de l'étage montagnard peut également servir de repère.

Si l'on ne dispose pas d'indication d'altitude, il ne faut pas être grand clerc pour deviner que plus on se situe bas en latitude (c.à.d. vers le Sud), plus on devra chercher haut... Ainsi, vous pouvez espérer trouver des Joubarbes dès 500 m (et même beaucoup plus bas par endroit) dans le Massif Central, mais vous perdrez beaucoup de temps si vous les recherchiez au-dessous de 2500 m en Sierra Nevada ! On pourra bien sûr objecter que dans l'exemple cité les espèces en cause ne sont pas les mêmes. C'est vrai, cependant pour les quelques espèces à distribution latitudinale étendue on constate pour une même espèce (c.à.d. essentiellement pour S. tectorum, S. arachnoideum et S. marmoreum) non seulement une remontée en altitude absolue en descendant en latitude, ce qui n'a rien de très étonnant, mais aussi que cette remontée est souvent plus forte que la seule remontée des étages de végétations, et que ces plantes qui ne rechignaient pas à descendre jusque dans l'étage collinaire au Nord de leur aire, ne descendent pas au delà du subalpin ou du montagnard supérieur (ou de ce qui en tient lieu) au Sud de leur aire.

2.1.1. Remarques à propos du calage des altimètres

Le contrôle répétitif, voire incessant, de leur calage est la condition sine qua non de la fiabilité des mesures avec ces appareils. Un altimètre est une capsule barométrique et n'est pas à considérer comme une sorte de montre mécanique qui prendrait soit du retard soit de l'avance et qu'on remettrait à l'heure à intervalles réguliers. Il se comporte plutôt comme une montre qui resterait toujours aux alentours de l'heure juste, mais parfois en avance, parfois en retard, et cela avec une périodicité et un décalage variable...

Altimètre de randonnée à capsule barométrique

L'échelle extérieure (rouge) indique l'altitude, l'échelle intérieure (verte) la pression atmosphérique. Ce genre d'altimètre mécanique, très plat, tient aisément dans la poche, où il sera beaucoup mieux qu'autour de votre cou, car bien que ces appareils soient fiables et solides les chocs répétitifs altèrent vite leur calage et donc leur précision.

Les causes possibles du mauvais calage d'un altimètre sont multiples et s'associent généralement les unes aux autres :

  • Altitude erronée du point de référence du calage (mauvaise lecture de carte, erreur sur un panneau indicateur).
  • Variations barométriques statiques entre le moment du calage et le moment de la lecture (la probabilité et l'importance en croît avec l'ancienneté du calage et en cas de conditions atmosphériques instables).
  • Perturbations barométriques dynamiques lors du calage ou de la mesure : variation locale de la pression liée à des courants ascendants ou descendants le long des pentes, ou par effet Venturi sur les crêtes et surtout dans les cols.
  • Température très éloignée des conditions standards (c.à.d. 15°C rapportés au niveau de la mer) et/ou écarts de températures entre le moment du calage et celui de la mesure (entraînant une variation de la densité de l'air et donc de sa pression) la variation de pression en fonction de l'altitude ne suit alors plus sa courbe théorique et l'erreur s'aggrave d'autant plus que l'altitude de la mesure diffère de celle du calage.
  • Calage initial correct mais non proportionnel avec l'altitude ensuite mesurée, du fait de l'étalonnage défectueux de l'appareil (fréquent ; comme précédemment le calage est donc plus précis s'il est fait sur une altitude peu différente de celle de la mesure).
  • Altération mécanique du calage : celui-ci s'effectue en général à l'aide d'une molette, qui ne demande qu'à tourner toute seule au fil du parcours et des inévitables vibrations et frottements...

Bien que les meilleurs altimètres compensent (plus ou moins) les variations dues à la température, on voit qu'une mesure très précise reste cependant peu probable et que toute altitude indiquée dans un document doit être considérée comme un simple ordre de grandeur.

A noter que les altimètres "électroniques" sont tout autant sujet à ces problèmes que les "mécaniques" car leur fonctionnement reposent eux-aussi sur une capsule barométrique. La différence se situe dans la chaîne de transmission : jeu de biellettes et aiguille pour l'un, jauge de contrainte et affichage digital pour l'autre). Les "électroniques" sont plus compacts et un peu moins sujets au décalage par les vibrations mais les "mécaniques" sont plus simples et rapides à caler et n'ont pas besoin de pile pour fonctionner.

A noter également que de nombreuses montres digitales intègrent maintenant un altimètre électronique. Très commode !

2.2. La macrotopographie

Dans une vallée orientée grossièrement Est-Ouest, il est souvent plus productif d'explorer d'abord les versants exposés (soit l'adret dans les Alpes) et sinon de privilégier les éperons perpendiculaires aux autres versants ou les versants exposés des vallons secondaires.

Suivant les exigences écologiques de la plante recherchée, on pourra aussi effectuer un ciblage de certaines zones plutôt que d'autres (zones sédimentaires, cristallines, etc.)

2.3. La microtopographie

On recherchera préférentiellement les Joubarbes dans les zones de terrain convexe (donc à déneigement relativement rapide et soumises à l'effet desséchant du vent) voire très souvent de simples microconvexitées. De légères dépressions sont cependant des lieux très favorables à condition qu'elles soient pentus (en combe).

Le substrat doit être suffisamment stable. Ainsi, les éboulis doivent être plus ou moins fixés et surtout non régulièrement alimentés.

Ces zones ne doivent pas nécessairement être des zones sèches mais des zones dont la configuration leur permet de présenter une xéricité épisodique.

Les zones de rupture de pente sont également intéressantes, à la fois en pied et en tête de cette rupture.

Les pelouses caillouteuses, les rochers à structure clivée ou fissurée sont bien sûr des lieux de recherche à privilégier.

2.4. L'orientation du site

C'est un facteur très utile à la recherche des Joubarbes.

Boussole de poche

Le système de visée à miroir permet des relèvements précis, mais un modèle plus simple suffit pour noter l'orientation d'une station.

Dans une vaste partie de l'aire du genre c'est le quart SSE (Sud-Sud-Est) qui est le plus favorable à ces plantes. Il est donc intéressant d'étudier minutieusement les cartes et de choisir si possible un itinéraire de ce type avant d'aborder une hauteur, et en cas d'ascension par le quart NNW de redescendre ensuite partiellement par le versant plus favorable. Mais cette orientation préférentielle n'étant pas une règle absolue il convient de ne pas négliger les autres secteurs, surtout dans les zones septentrionales de l'aire du genre. Dans les zones méridionales du genre, il semble préférable de décaler sa recherche du SSE vers l'est et dans les zones septentrionales de parfois la décaler légèrement vers l'ouest.

2.5. Les effets microclimatiques locaux

L'effet de col et l'effet de sommet sont de constatation fréquente en montagne.

Le retentissement sur la végétation de ces lieux est lié au fait que les conditions y sont généralement plus rigoureuses qu'à la même altitude à mi-pente : vents plus violents (par effet Venturi) et quasi permanents, donc d'effet desséchant accru (avec chute locale de la température liée à la décompression et à l'évaporation intense, évaporation cependant limitée par la décompression locale qui tend à augmenter l'humidité relative), déneigement souvent plus rapide, ou à l'inverse longue persistance partielle des neiges, absence d'apport d'eau de ruissellement aux sommets, etc.

Les étages de végétation y sont donc souvent ponctuellement abaissés, les conditions y sont habituellement plus sèches et il peut ainsi se créer ponctuellement des conditions favorables aux Joubarbes à des altitudes parfois modérées dans l'absolu. A l'inverse, si leur altitude est déjà très élevée ces lieux peuvent alors être des lieux peu propices à ces plantes. A noter que l'effet de col ne se manifeste réellement que pour les petits cols étroits des lignes de crête, certains grands cols en plateau étant souvent des zones humides plus propices aux linaigrettes qu'aux Joubarbes, et seuls les versants qui les surmontent pourront alors être favorables.

2.6. L'observation de la végétation ambiante

On constate couramment que la présence sur un site de certaines plantes est peu compatible avec celle de Joubarbes. En particulier les plantes témoignant d'une dégradation nitrophile de la flore spontanée. En zone montagneuse, ces indicateurs sont surtout les oseilles, chénopodes, orties, aconits, etc. Ces lieux sont souvent d'anciens reposoirs à bétail ou simplement des zones surpâturées. Certaines Joubarbes (S. calcareum) tolèrent néanmoins mieux que d'autres la nitrification des sols.

De même, des plantes témoignant d'un niveau permanent d'humidité du sol doivent vous faire chercher ailleurs. Un abondant encroûtement des rochers par des lichens rameux est également un signe de périodes d'hygrométrie élevée a priori peu favorables à ces plantes. Mais hormis pour les indicateurs nitrophiles, ceci est bien souvent contredit par les faits. En effet, si leur aversion pour les sols azotés est certaine, ces plantes craignent beaucoup plus la permanence de l'humidité (pour des raisons écologiques plus que physiologiques) que l'humidité elle-même, et on peut parfois être surpris de les trouver en abondance parmi une végétation relativement luxuriante et bien peu xérophile... On peut également trouver des Joubarbes resplendissantes nichées dans d'impressionnants coussins de mousse qui correspondent bien peu à l'image que l'on se fait de l'habitat d'une plante succulente.

Sans rentrer dans les concepts complexes et discutés de la phytosociologie, il faut reconnaître que la présence de certaines plantes doit vous inciter à ouvrir l'oeil, par exemple des tapis lâches de bruyères et surtout de genévrier rampant qui, si vous les voyez tapisser les rochers au loin, doivent vous imposer le détour, tout comme certaines pelouses ouvertes à fétuques. A l'inverse, certaines plantes peuvent être considérées comme des "épouvantails à Joubarbes" : aux nitrophiles déjà signalées il convient d'ajouter les genêts en dôme des montagnes méditerranéennes (étant des légumineuses, ils enrichissent légèrement le sol en azote, ce qui est probablement l'une des causes de cette incompatibilité). Cette apparente aversion entre genêts et Joubarbes est à relativiser dans le cas de S. calcareum (mais cette espèce présente une tolérance marquée pour les sols enrichis en azote et constitue donc une exception à la règle).

Il est bien évident que ces affinités ou incompatibilités ne sont pas liées aux plantes elles-mêmes mais à leurs exigences écologiques plus ou moins proches ou divergentes, qui font qu'elles semblent ainsi s'exclure ou s'associer dans un type de station donnée et pour une altitude donnée, la notion d'étages de végétation étant en pratique indissociable de celle d'association.

2.7. L'époque de la recherche

L'été étant la période de floraison de ces plantes, leurs tiges florales relativement hautes les rendent à cette époque bien visibles à distance. En zone rocheuse, la recherche sera donc facilitée et les plantes pourront ainsi être repérées d'assez loin. Cependant, les espèces de Joubarbes de taille modeste et croissant en pelouse alpine ou pseudo-alpine deviennent à cette époque beaucoup plus difficiles à repérer car elles sont alors noyées dans la végétation ambiante et la montée à fleur de leurs plantes compagnes, les touffes non-fleuries sont très difficiles à repérer à distance et les éventuelles tiges florales sont souvent sectionnées par le bétail ce qui revient au même. En ces lieux, c'est donc au printemps que la recherche sera la plus facile et la plus productive mais nécessitera alors une certaine minutie, car il faudra parfois avoir le nez dessus pour les repérer. Le problème essentiel à cette époque consiste dans les neiges tardives qui peuvent soit masquer les plantes soit gêner l'approche de leurs sites, ou les deux à la fois...

2.8. Autres...

(revoir également le paragraphe : Comment utiliser les indications d'origine)

Il reste un élément impossible à définir et qui est pourtant le plus efficace, c'est le "nez". Il vous faudra devenir un peu Joubarbe vous-même pour aller explorer plutôt tel amas rocheux que tel autre sans trop vraiment savoir pourquoi...

 

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