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Origine des plantes en culture > Hybridation et nouveaux cultivars

A propos de l'hybridation et des nouveaux cultivars...

Bien que les clones de Joubarbes d'origine horticole ou sélectionnés à partir d'individus naturels puis maintenus par voie horticole, c'est-à-dire les cultivars, soient déjà légion, il peut néanmoins être tentant pour l'amateur d'essayer d'en créer d'autres. Les résultats esthétiques objectifs ne seront peut-être pas toujours à la hauteur des espérances, mais cette activité peut constituer un agréable et motivant passe-temps - par l'impression toujours un peu fascinante de "créer quelque chose" - tout autant qu'un utile complément à la connaissance de ces plantes.


 Sommaire :

1. Principes et méthodologie

1.1. Quelques définitions

1.2. Sempervivum et l'hybridation

1.3. Hybridation par fécondation ouverte

1.4. Hybridation par fécondation contrôlée

1.5. A propos de la selection et des selectionneurs

2. Critères de sélection

2.1. Remarque préalable

2.2. Critères physiologiques 

2.3. Critères morphologiques

3. A l'issue de la sélection

4. Le choix des parents

5. Premiers pas...

6. Remarques sur l'hybridation

6.1. A propos des dénominations

6.1.1. Les noms de cultivars

6.1.2. A propos des noms "généalogiques"

6.2. "Polarité" des croisements

6.3. L'hétérosis


1. Principes et méthodologie

1.1. Quelques définitions

Rappelons d'abord que tout individu naturel prélevé in situ devient de fait un cultivar dès lors qu'il est multiplié (végétativement, donc cloné) et maintenu en culture !

En pratique, on préfère réserver l'usage du terme cultivar (abréviation cv.) aux seuls clones ayant subi une sélection orientée dans l'optique d'une utilisation par l'homme. "Sélection" car le clone concerné a été choisi parmi d'autres, et "orientée" car ce choix ne s'est pas effectué en fonction du hasard mais en fonction de critères et dans un but précis.

L'utilisation que fait l'Homme des Joubarbes est actuellement strictement horticole ou quasiment. Tous les cultivars modernes ont donc été sélectionnés sur des critères uniquement horticoles. Cependant, certains très anciens cultivars traditionnels (certaines formes de S. tectorum) ont peut-être été empiriquement sélectionnés, au fil du temps, sur la base de leurs qualités médicinales réelles ou supposées.

Notons que le simple fait de prélever une plante dans une population naturelle non pas en fonction du hasard mais d'un critère quelconque (esthétique, vigueur, etc. ) est déjà un acte de sélection.

Par "obtention" de nouveaux cultivars on sous-entend généralement "création". Evacuons tout d'abord ce concept abusif de "création" car, en fait, on ne crée rien du tout ! Tout au plus peut-on effectuer une sélection, c'est-à-dire, en utilisant le jargon qu'affectionne tant certains sélectionneurs "pros", une reproduction différentielle de lignées parentales elles-mêmes choisies sur des critères orientés (en clair : la reproduction et/ou le croisement de lignées parentales choisies pour des qualités précises, avec contrôle et sélection des résultats aux différents stades, et tout cela avec un but en principe fixé au départ).

Dans le cas des Joubarbes, la sélection se limite à la seule sélection clonale, les lignées fixées multipliables par voie sexuée étant inconnues parmi les cultivars de ce genre. Les caractères des cultivars sont donc directement sélectionnés sans chercher à les fixer. On dit qu'un caractère est fixé quand il se retrouve de manière stable et constante dans la descendance des individus qui le portent. Les cultivars de Sempervivum ne sont donc maintenus que par la seule multiplication végétative, à partir d'un individu initialement sélectionné constituant la tête de clone.

1.2. Sempervivum et l'hybridation

Cette "création" de nouveaux cultivars est en soi fort aisée dans ce genre, et même beaucoup plus que ne l'est la simple conservation des espèces naturelles de Sempervivum par le semis.

On tire profit dans ce cas de la grande variabilité intrinsèque des membres de ce genre et surtout de la facilité qu'ils ont à se croiser et se recroiser entre eux, sans que soient nettement sensibles des effets de barrières entre les diverses espèces. Autant cette particularité peut entraîner, comme on l'a vu par ailleurs, de sérieuses difficultés pour le botaniste-nomenclaturiste, autant elle facilite les desseins de ce dernier quand il se transforme en jardinier !

1.3. Hybridation par fécondation ouverte

Les croisements s'effectuant seuls, du fait des insectes butineurs, il suffit de laisser fleurir sans protection toutes les plantes de la collection, clones naturels et cultivars mélangés. Les graines obtenues en abondance fourniront un résultat particulièrement hétéroclite et varié... dans lequel il suffira de pratiquer une sélection suivant ses goûts personnels. Cette sélection devra nécessairement être sévère et rigoureuse vu la prolificité de ces plantes (voir plus bas).

Avec cette méthode de fécondation libre et aléatoire (on parle de "fécondation ouverte" par opposition à "fécondation contrôlée"), on ne connaît bien sûr que le parent maternel (le porte-graine). L'identité de l'heureux ou plutôt des heureux papas (le producteur du pollen) reste totalement inconnue et aléatoire. Pour s'assurer de celle-ci, il faut donc recourir à la fécondation contrôlée.

Chez les Joubarbes, il est beaucoup plus simple de se contenter des "hybrides de hasard" (les "chance-seedlings" des anglo-saxons) et, surtout, plus important de consacrer l'essentiel de ses efforts à pratiquer une évaluation et une sélection rigoureuse sur une masse suffisante de clones à tester.

1.4. Hybridation par fécondation contrôlée

(Pour la procédure, voir "Reproduction sexuée")

Dans le cadre et avec les moyens qui sont ceux de l'amateur, la pratique de la fécondation contrôlée représente un gros travail pour rien de plus que la satisfaction intellectuelle d'inscrire une généalogie sur les futures étiquettes...

Signalons cependant qu'il existe un moyen simple d'éviter les fastidieuses protection mécanique et pollinisation manuelle, et de pourtant s'assurer des origines de la semence obtenue, si l'on tient à tout prix à les connaître. Il suffit de ne laisser fleurir en même temps, que les individus des deux clones à croiser, et seulement ceux-ci. Cependant, tout comme il l'a déjà été signalé pour le maintien des lignées d'espèces naturelles, cela n'est réalisable que sous deux conditions :

- Absence certaine d'autres plantations de Joubarbes dans les proches environs (pour éviter un apport de pollen indésirable par les insectes).

- Destruction complète des tiges florales supprimées et non leur simple mise au rebut (où elles fleuriraient sur leurs seules réserves).

Une certaine proportion de la semence obtenue sera peut-être d'origine autogame, mais les plants ainsi obtenus seront facilement identifiables et éliminables si les deux parents diffèrent suffisamment par leurs caractères morphologiques et sont de lignée "pure" (les produits de l'autofécondation seront alors plus ou moins similaires aux parents). La différenciation en sera par contre difficile voire impossible si l'un ou les deux parents sont déjà de nature hybride.

Il reste néanmoins un domaine où l'hybridation doit rester parfaitement contrôlée, c'est-à-dire à géniteurs connus et identifiés avec certitude. Ses moyens sont les mêmes que ceux de la production de nouveaux cultivars mais ses buts diffèrent complètement. Il s'agit du domaine des études taxinomiques expérimentales où l'on cherche, par l'étude de leurs croisements, à cerner les relations entre certains taxons. En pratique, on étudie la capacité à se croiser, la fertilité des hybrides obtenus et la disjonction des caractères dans les générations ultérieures. On procède aussi à des tentatives de reproduction expérimentale de croisements naturels : on teste alors le ou les croisements supposés avoir abouti au type hybride hypothétique, afin d'essayer de le reconstituer et de retrouver ainsi son ascendance, tout en prouvant par là même son statut hybride. Ces réalisations d'hybridations à visée taxinomique ne sont pas sans retombées horticoles, bien que ce ne soit pas leur but premier, et des clones fort intéressants peuvent être issus de telles recherches.

1.5. A propos de la selection et des selectionneurs

Vouloir faire de la pseudo-génétique de l'hybridation avec un but fixé à l'avance est totalement illusoire et inutile au niveau de l'amateur, ne serait-ce que pour des problèmes de place, de temps, et... de connaissances nécessaires. On a d'ailleurs souvent l'impression que certains "obtenteurs" amateurs définissent les résultats qu'ils recherchent après les avoir obtenus ! Si le caractère illusoire de la "génétique de bazar" sur laquelle se fondent certains "obtenteurs" est une certitude quand ils utilisent comme parents des hybrides naturels ou horticoles (de généalogie généralement complexe et fréquemment inconnue), ce caractère illusoire est bien sûr à nuancer si les parents sont des spécimens d'espèces "pures".

Accorder trop d'importance au choix et à la généalogie des clones et lignées parentales utilisées, en sus d'être illusoire, fait sortir le "sélectionneur" amateur du domaine de la distraction horticole pour aborder celui de l'amélioration végétale (terme consacré, surtout dans le secteur agronomique, mais sémantiquement très discutable... ) domaine effroyablement complexe nécessitant certes une bonne dose d'empirisme mais aussi de solides notions de génétique moléculaire, de génétique des populations, et de calculs statistiques, dont le niveau dépasse celui de l'amateur en général et celui de l'auteur de ces lignes en particulier. La génétique ne se résume pas aux seuls petits pois de Mendel et à la loi de Hardy-Weinberg , malheureusement pour tous ces "créateurs" variétaux amateurs se prenant tellement au sérieux et que l'on voit fleurir dans bien des domaines de l'horticulture.

NB :La loi de l'équilibre simple de Hardy-Weinberg est à l'origine de la génétique des populations : elle définit la fréquence de génotypes différant par un allèle (A et a) dans une population d'allogames diploïdes librement interfécondées.

Soit p la fréquence de l'allèle A dans la population, la fréquence de a est donc q=1-p

La fréquence d'équilibre de chaque génotype est :

AA : p²

Aa : 2pq = 2p(1-p)

aa : q² = (1-p)²

tel que p+q = p²+2pq+q² = p²+2p(1-p)+(1-p)² = 1

Cet équilibre simple est théorique et n'est jamais totalement respecté car il est sans cesse perturbé par les facteurs évolutifs que sont les mutations, la sélection, etc.

Pour résumer : si l'on obtient le résultat souhaité ce sera de toute façon essentiellement par hasard (même si l'on est persuadé du contraire) alors amusons-nous et inutile de se croire au troisième jour de la Genèse ou de se prendre pour une station de l'INRA ...

Remarquons que si pour de nombreuses plantes possédant une importance économique, agricole ou horticole, les différents gènes, locus, caractères et corrélations entre ceux-ci, commencent à être connus, il n'en est bien sûr pas de même pour les Joubarbes ! Pour celles-ci, la connaissance ne dépasse pas le simple comptage chromosomique et le niveau de ploïdie, et encore... Cependant, chez Sempervivum, il ne s'agit que de sélection clonale et non de lignées fixées, ce qui simplifie bien sûr considérablement les choses.

Cet avis personnel sur certaines outrances comportementales est bien sûr subjectif et contestable, et les sélectionneurs amateurs de cultivars n'ont heureusement pas tous la grosse tête !

2. Critères de sélection

2.1. Remarque préalable

Une sélection va devoir être effectuée sur cet ensemble plus ou moins hétéroclite de nouveaux individus issus de semis, chacun formant une tête de clone potentielle.

Une tête de clone est l'individu originel dont vont dériver par multiplication végétative tous les individus constituant le clone. Une tête de clone est la plupart du temps un individu issu de la reproduction sexuée (méiose + fécondation -> zygote), beaucoup plus rarement un individu issu de la multiplication végétative (dans le cas des "sports" ou mutations somatiques de bourgeons).

Contrairement aux idées reçues, la sélection dans un ensemble hétéroclite d'individus ne consiste pas à déterminer quels sont les plus intéressants, mais à effectuer l'inverse. La sélection consiste à éliminer progressivement de cet ensemble les individus les moins intéressants et non à sélectionner d'emblée les plus intéressants, qui, à terme, peuvent se révéler décevants.

Tout au long de ce processus de sélection, il est essentiel que les plantes non retenues soient détruites. Il faut résister à tout prix à l'envie de "faire des heureux" dans son entourage, car il se trouve déjà en circulation suffisamment de clones de Joubarbes supposés horticoles non identifiés, et non identifiables, pour ne pas en rajouter d'autres. A chaque semis, c'est en effet plusieurs centaines de nouvelles têtes de clones potentiels, souvent très dissemblables les unes des autres, qui seront obtenues. D'autre part, un processus de sélection n'aboutit pas nécessairement à un résultat et, d'éliminations en éliminations, on peut très bien ne rien conserver de l'ensemble d'individus du départ ! Vouloir à tout prix garder un ou quelques individus après tant d'efforts et de temps passé est certes humain mais ce n'est plus de la sélection...

En gardant à l'esprit ces notions essentielles, les principaux critères sur lesquels doit reposer cette sélection seront donc :

2.2. Critères physiologiques 

 Vigueur suffisante :
On n'hésitera pas à laisser les semis un peu trop serrés durant la première année, ainsi les plants les plus chétifs disparaîtront seuls, au profit des plus vigoureux.

 Résistance à l'humidité hivernale :
On laissera obligatoirement les barquettes de jeunes plants dehors sans protection durant les deux premiers hivers, dans des conditions d'humidité maximale et de préférence un peu trop à l'ombre (dans l'herbe haute au pied d'un mur au Nord par exemple). On n'oubliera tout de même pas de les protéger des limaces, qui risquent, en de telles conditions, d'effectuer au premier redoux une sélection un peu radicale... On n'hésitera éventuellement pas à les arroser ou les pulvériser abondamment et fréquemment si l'hiver est particulièrement sec. On peut également laisser le pied des récipients de culture dans une coupelle gardant l'eau. Ainsi, les plants les plus sensibles pourriront. On ne cherchera pas à éliminer les restes de plants pourris des barquettes ni à nettoyer les survivants avant le printemps. Tout cela peut sembler excessif, mais, vu la prolificité d'un semis de Sempervivum, même à l'issu de ce stage nautique il restera encore beaucoup trop de prétendants !

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Ces deux premiers critères sont essentiels et leur absence est éliminatoire. Un cultivar d'aspect intéressant mais de nature chétive et maladive est un cultivar sans intérêt. Les amateurs de plantes "difficiles" trouveront suffisamment leur compte avec certaines espèces naturelles. L'intérêt d'un cultivar est sa seule esthétique, pas le défi de sa culture, et il faudrait vraiment que le jeune semis présente d'emblée un caractère tout à fait exceptionnel voire unique pour le présélectionner et le soustraire à ces épreuves.

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 Résistance aux chaleurs extrêmes :
Les hautes chaleurs estivales peuvent être un facteur limitant à la culture des joubarbes dans certaines régions. Même si certains individus tolèrent parfaitement les hautes chaleurs, il arrive qu'ils prennent en de telles circonstances un aspect décoloré et assez laid, leur faisant perdre une grande partie de leur attrait horticole. Tester ce critère est assez difficile en certaines régions et nécessite souvent une pré-diffusion des clones à tester auprès de correspondants habitants des régions plus chaudes. A défaut, on pourra placer les postulants au pied d'un mur au sud.

 Résistance à la chaleur humide :
Beaucoup de joubarbes pourrissent brutalement en de telles conditions (hautes températures et hygrométrie élevée). Ce critère est lui aussi difficile à tester en certaines régions, mais heureusement (façon de parler...) il est très souvent plus ou moins corrélé avec la résistance à l'humidité hivernale, sans que cela soit une règle absolue.

 Multiplication abondante :
Un plant ne produisant que chichement des rejets ne formera que difficilement et lentement de belles touffes, et les trous disgracieux laissés par les floraisons tarderont à se combler. Il ne pourra également jamais être largement répandu dans les cultures (ce qu'il ne mérite pas) et en disparaîtra progressivement (ce qui n'est pas une mauvaise chose). Certaines joubarbes sont cependant intéressantes et fort jolies à cultiver sous forme de rosettes uniques en pots, mais c'est marginal.

 Floraison rare :
Une montée à fleurs trop facile associée à la rareté des rejets est éliminatoire. La floraison peut parfois présenter un intérêt esthétique, mais c'est assez exceptionnel dans ce genre et assez secondaire. Ce critère est d'autant plus à prendre en compte que la taille des rosettes est grande, car, chaque rosette étant strictement monocarpique, l'attrait esthétique passager des tiges florales se paie alors par l'aspect piteux et prolongé qui lui succède...

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Pour apprécier réellement les qualités physiologiques d'une plante, il ne faut pas se contenter de la soumettre à un seul type de conditions locales. Les individus semblant physiologiquement intéressants devraient être confirmés dans des conditions climatiques variées avant tout jugement sur leur valeur. Une plante répondant à toutes les exigences sus-mentionnées chez son obtenteur peut fort bien se révéler très décevante dans des conditions différentes...  

2.3. Critères morphologiques

 L'individualité suffisante :
Toute ressemblance avec un autre cultivar ou une espèce naturelle est a priori éliminatoire. Un clone ressemblant à un autre cultivar ne sera conservé que s'il constitue une amélioration franche par rapport à un prédécesseur entaché de graves défauts. Quelles que soient ses qualités, un clone ressemblant trop à une espèce naturelle sera systématiquement détruit, l'identification de ces dernières étant déjà assez difficile comme cela, surtout en culture, pour qu'il ne soit pas nécessaire d'ajouter de nouveaux éléments à la confusion générale.

 L'esthétique :
Terme ultime et non initial (comme trop souvent pratiqué) de la sélection. Juger de l'esthétique d'une Joubarbe consiste à juger de l'esthétique d'une touffe bien développée et non de celle d'une rosette individuelle, les deux n'étant pas toujours corrélées... Comme faire preuve d'objectivité est difficile pour évaluer une obtention personnelle, il est judicieux de prendre de nombreux avis, et... de ne pas trop les écouter.

3. A l'issue de la sélection

Les clones éventuellement retenus à l'issue du processus de sélection seront ensuite mis plusieurs années en conditions de culture standards, afin de vérifier leur stabilité au fil du temps et de confirmer le jugement initial.

Un clone jugé intéressant (et pas uniquement par son obtenteur...) pourra éventuellement être baptisé (après vérification de la réelle originalité du nom choisi) et distribué auprès des autres amateurs et éventuellement dans le circuit horticole.

L'enregistrement "officiel" de tout nouveau cultivar de Sempervivum relevait autrefois de la responsabilité de la "Sempervivum Society", une association anglaise d'amateurs. Malheureusement, celle-ci a cessé ses activités après une longue agonie... Il n'existe donc plus d'organisme s'occupant actuellement de centraliser les publications de nouveaux cultivars dans ce genre.

Tout comme pour un nom d'espèce naturelle, le nom et la description d'un cultivar se doivent d'être validement publiés pour que celui-ci existe "officiellement". Tout comme les appellations d'espèces naturelles sont régies par le Code de International de Nomenclature Botanique, les appellations de plantes cultivées sont régies par le Code International de Nomenclature des Plantes Cultivées, indépendant du premier. Ce code ne concerne pas uniquement les plantes horticoles, mais également les plantes agricoles et potagères.

Contrairement au Code International de Nomenclature Botanique, universellement reconnu et suivi, son homologue pour les plantes cultivées peine à s'imposer et est relativement peu suivi en ce qui concerne les plantes horticoles. L'anglocentrisme éhonté qui émane de certains de ses articles en est sans doute la cause... En pratique, on peut en oublier la majeure partie. Une seule de ses règles est réellement importante : un nom de cultivar ne doit pas pouvoir être confondu avec un nom d'espèce en latin (donc avec une plante naturelle). Le reste est assez secondaire...

4. Le choix des parents

On constate, pour les hybrides horticoles de Sempervivum comme pour ceux de nombreuses autres plantes horticoles, que certains cultivars ou espèces se retrouvent plus souvent que d'autres dans les généalogies des croisements.

On pourrait donc penser que ces parents ont été utilisés, non pas tant pour leur esthétique, que pour leurs qualités de reproducteurs, c.à.d. leur fertilité, l'éventail de variabilité de leur descendance, et surtout leur aptitude à transmettre certains éléments favorables ou intéressants à celle-ci. Ceci en ferait donc des porte-graines préférentiels. Cette capacité supposée à transmettre des éléments favorables témoigne peut-être d'une homozygotie pour certains caractères favorables ou intéressants, et dominants ou présentant une surdominance à l'état hétérozygote ?

Des parents souvent rencontrés dans les généaolgies de cultivars sont par exemple S. 'SILVERINE', S. 'CLEVELAND MORGAN', S. marmoreum 'RUBRIFOLIUM', etc. L'intérêt de cette constatation est cependant tempéré par le fait que tel ou tel parent se retrouve souvent préférentiellement associé à tel ou tel obtenteur, soit que chacun de ceux-ci ait eu ses géniteurs préférés et que son expérience l'ait poussé à les utiliser à de nombreuses reprises (c'est possible) soit que des cultivars aient été baptisés "à la louche" parmi les multiples produits d'un unique croisement initial (c'est hélas le plus probable...).

5. Premiers pas...

Pour se faire la main avec des succès (ou pour le moins des satisfactions) garantis, on peut conseiller de commencer par semer de la graine tout-venant récoltée sur des cultivars de S. heuffelii. La fertilité en est le plus souvent excellente, la majorité des semis obtenus sont costauds et croissent rapidement. L'année suivante, les résultats seront généralement si variés et intéressants qu'il sera cornélien de devoir effectuer une sélection parmi une telle foule de si belles plantes, et on comprendra mieux alors que :

 Un cultivar doit être exceptionnel ou ne doit pas être.

A méditer...

6. Remarques sur l'hybridation

6.1. A propos des dénominations

Plein d'allant et d'enthousiasme, vous allez effectuer vos premiers croisements entre espèces naturelles ou cultivars. Il est important que vous étiquetiez et dénommiez ceux-ci de manière correcte et autant que possible normalisée, surtout si vous comptez en distribuer plus tard certains autour de vous.

6.1.1. Les noms de cultivars

Vous commencerez probablement par donner à vos cultivars un numéro matricule assez abscons pour tout autre que vous, mais bientôt viendra l'envie de baptiser les plus méritants d'une manière un peu plus chaleureuse.

Une règle absolue est alors à prendre en considération, le reste étant plus secondaire : un nom de cultivar ne doit pas pouvoir être confondu avec une épithète spécifique, et pour cela ne doit pas prendre une forme gréco-latine et doit s'écrire en lettres droites, avec une majuscule ou tout en majuscules, et entre guillemets simples, avec ou sans la mention "cv.". Utiliser la mention "cv." en même temps que les guillemets est certes une redondance, voire une incorrection, mais celle-ci n'est pas inutile pour éviter une confusion. En effet, la lisibilité et l'intelligibilité sont parfois plus importante que la légitimité au regard d'un code (International Code of Nomenclature for Cultivated Plants) dont certaines préconisations sont parfois discutables et discutées...

Sempervivum 'MACHIN'
Sempervivum cv. MACHIN
Sempervivum cv. 'MACHIN'

Aux dernières nouvelles, le dit Code ne considèrerait plus comme correct que la première possibilité ci-dessus. La dernière reste néanmoins le meilleur choix dans bien des cas.

Hormis cela, le nom est laissé à votre libre choix, mais, si vous souhaitez diffuser votre plante, choisissez-le ni trop long ni trop compliqué, sous peine qu'il soit rapidement écorché au fil des recopies d'étiquettes. Essayez d'évitez les consonances ou homonymies pouvant être équivoques dans d'autres langues (prenez des avis). Et surtout, évitez qu'il ressemble trop à un nom déjà utilisé pour un autre cultivar, non seulement par son orthographe littérale mais aussi par sa prononciation éventuelle dans d'autres langues. Si vous espérez diffuser largement l'un de vos cultivars, la confrontation préalable de son nom avec d'autres langues est importante et trop souvent négligée. Sans cela, le risque est grand que le cultivar soit rebaptisé en franchissant certaines frontières, et qu'il soit ensuite réimporté sous son (ou ses) nouveau(x) nom(s). C'est ainsi que l'on se retrouve vite avec de multiples noms recouvrant tous la même plante...

N.B. Ce phénomène de doublonnage des appellations se constate à grande échelle dans certains genres aux nombreux cultivars extrême-orientaux (Camellia, Hydrangea, Paeonia, etc. ) aux graphies originales illisibles pour un occidental... Sans atteindre ces sommets, le doublonnage a certainement dû frapper quelques cultivars de Joubarbes également.

A noter qu'un nom de cultivar peut être déposé et protégé comme tout nom de marque, et une homonymie involontaire avec un cultivar déposé vous exposerait alors aux foudres de la législation ! Heureusement il semble qu'il n'existe aucun cultivar protégé dans le genre Sempervivum (la protection et le dépôt d'un nom coûtent très cher, et ne sont envisageables que pour des plantes à fort potentiel commercial). Attention à ne pas confondre un nom de cultivar "enregistré" et un nom "déposé", l'enregistrement du nom est une sorte d'inscription à l'état civil des cultivars du genre concerné, alors que le dépôt du nom est comparable à un dépôt de brevet, ce n'est plus de l'horticulture mais du "business". Un nom de cultivar déposé est suivi du symbole "registred", par exemple : 'MACHIN'®, qui signale que sa multiplication commerciale et sa vente sont interdites sans l'accord du détenteur des droits, et cet accord est rarement gratuit...

Pour choisir un nom original, il est indispensable de connaître les appellations déjà utilisées. Reportez-vous pour cela à une liste de cultivars en vous rappelant cependant que ce genre de liste n'est jamais à jour : de nouveaux cultivars sont sans cesse introduits en culture, et certains ont une diffusion si confidentielle qu'ils ne sont répertoriés nulle part.

6.1.2. A propos des noms "généalogiques"

 La généalogie d'un hybride s'écrit en interposant "×" entre les noms des parents. Notez qu'il ne s'agit pas de la lettre x mais du signe de multiplication. Oralement, ce signe ne se prononce pas (il est alors assimilable à une sorte de trait d'union) ou se prononce "...par..." (éventuellement "hybride..." en cas d'absence de terme lié avant lui) mais surtout pas "ixe" ! On appelle aussi ce genre de nom la "formule hybride" :

Sempervivum 'BIDULE' × 'TRUC'
Sempervivum montanum × tectorum

 

 L'usage de parenthèses permet d'éviter des ambiguïtés de niveau entre les différents termes de ces noms composés :

Sempervivum (montanum × tectorum) cv. 'MACHIN'
Sempervivum 'MACHIN' (montanum × tectorum)

 

 Autrefois, la notation suivante (de Schiede) a également été utilisée, à vrai dire surtout pour les hybrides naturels :

Sempervivum montano-tectorum
Sempervivum ×montano-tectorum

Étant complètement tombée en désuétude, il est aujourd'hui préférable de ne plus l'utiliser (surtout que le Code de Nomenclature Botanique n'aime pas trop les mots composés avec traits d'union... ).

 

 Si seul l'un des parents est connu (le porte-graines) le "×" est placé après l'épithète spécifique :

Sempervivum (montanum × ) cv. 'MACHIN'
Sempervivum 'MACHIN' (montanum × )

Si vous le mettiez avant [S. × montanum cv. 'MACHIN'] cela pourrait signifier que vous considérez S. montanum comme un hybride naturel interspécifique !

 

 L'ordre des parents n'est pas anodin. Si le rôle respectif de chacun est connu, on place le parent maternel (le porte-graines) en premier, sinon on utilise l'ordre alphabétique. Vous voyez tout de suite un problème surgir : cette notation ne permet pas de différencier un sens de croisement connu d'un simple arrangement alphabétique quand les deux correspondent... Aussi, il est de bonne habitude d'indiquer systématiquement le sexe fonctionnel par les symboles planétaires traditionnels (femelle : Vénus, mâle : Mars) à la suite des épithètes :

Sempervivum 'MACHIN' (montanum × tectorum )

L'inconvénient cette fois-ci est que cette notation est la même que celle des croisements de plantes dioïques, ce que les Joubarbes ne sont pas. On voit parfois également des "×" associés à des flèches de direction ce qui est peu clair et ambigu. Aussi, le plus simple et le plus clair est-il de n'indiquer symboliquement que le porte-graines.

  Sempervivum 'MACHIN' (montanum × tectorum)

 

 Pour la typographie de ce symbole "×", vous pourrez trouver conseillé ici ou là d'utiliser la lettre "x" minuscule devant un nom d'espèce et la lettre "X" majuscule devant un nom de genre, soit :

X Jovivum
Sempervivum
x pomelii

Même si cela peut paraître assez logique à première vue, la rigueur n'y trouve pas son compte : l'opérateur de multiplication est un symbole qui n'admet par nature ni majuscule ni minuscule !!! Cette éventualité n'existe que parce qu'on utilise le plus souvent la lettre x pour le représenter du fait de l'absence d'un accès direct au symbole de multiplication sur la plupart des claviers de saisie... Utiliser suivant les cas une majuscule ou une minuscule entretient donc la confusion entre ce symbole conventionnel et la lettre x, et devrait de ce fait être évité. De plus, cette distinction ne sert à rien. En effet, dans le cas des noms de genre ou d'espèce, la distinction majuscule/minuscule de leur première lettre permet leur distinction immédiate et indique le sens de la subordination de l'un envers l'autre. Par contre, dans le cas de la lettre "X" utilisée comme marqueur d'hybridité, cette distinction majuscule/minuscule n'est porteuse d'aucune information.

Bref, peu importe l'usage du x minuscule (x) ou majuscule (X) ou du symbole lui-même (×), du moment que cet usage est uniforme dans un même document.

 

 De nombreux hybrides horticoles de Joubarbes circulent sous leur seul nom généalogique. On peut, à première vue, s'en réjouir car on connaît ainsi directement leur nature hybride et l'identité de leurs parents. En fait, on ne peut que le regretter. En effet, cela risque de les faire confondre avec d'authentiques hybrides naturels, surtout quand les parents cohabitent dans la nature ! Et même si le caractère artificiel d'un hybride est implicite du fait de la non concordance des aires naturelles des parents, ce qui empêche tout croisement, il est évidemment nécessaire de savoir que ces aires ne concordent pas, ce que l'amateur confronté à une telle plante ne sait pas forcément. Il serait donc souhaitable que les clones hybrides artificiels en circulation sous un nom généalogique reçoivent tous un nom de cultivar.

6.2. "Polarité" des croisements

Rappelons à l'attention des candidats-hybrideurs un fait souvent négligé. En génétique classique mendélienne, la Loi de réciprocité édicte que, lors d'un croisement, l'origine maternelle ou paternelle des allèles est sans importance et que les croisements symétriques sont donc équivalents . Remarquons cependant que l'équivalence des croisements pour des plantes hétérozygotes comme les Joubarbes est uniquement de nature statistique, car il faut un nombre suffisant d'individus hybrides pour équilibrer la dispersion de leurs caractères en F1 et pouvoir constater cette équivalence.

Dans la réalité des faits, la Loi de réciprocité est partiellement mise en défaut, c'est-à-dire qu'un croisement AA × BB n'est pas strictement équivalent à un croisement BB × AA bien que ces deux modalités de croisement produisent le même génotype hybride AB qui devrait donc avoir une expression identique pour les deux croisements. Or, il arrive avec une fréquence non négligeable que ce ne soit pas tout à fait le cas. Pourquoi ?

Ce phénomène de non réciprocité est lié au fait qu'il existe une transmission maternelle extrachromosomique de certains caractères, nommée également hérédité cytoplasmique. Ce type d'hérédité est accessoire comparée à l'hérédité chromosomique, mais n'en est pas pour autant négligeable. Tous les organites cellulaires cytoplasmiques sont en effet uniquement d'origine maternelle (ce sont les organites de l'oosphère, alors que l'apport du gamète mâle se limite, théoriquement car il y a quelques exceptions, au seul matériel nucléaire). Or, parmi ces organites certains possèdent un petit génome non concerné par la méiose et qui code pour certaines de leurs enzymes. Les fonctions de ces organites sont donc à la fois sous le contrôle du génome nucléaire et de leur génome propre. Les organites concernées sont :

  • Les mitochondries (impliquées dans la respiration cellulaire ; génome de 200.000 à 2.500.000 bases).
  • Les chloroplastes (impliqués dans la photosynthèse car contenant la chlorophylle ; génome de 120.000 à 160.000 bases, 149.000 ± 2.000 chez les Crassulaceae dont Sempervivum).

D'autres facteurs, non génétiques ceux-là, peuvent également intervenir dans la non-réciprocité des croisements. Ainsi, les téguments de la graine sont des structures d'origine purement maternelle et, si leur nature diffère légèrement entre les deux parents, il peut en découler des différences sur la capacité germinative des graines obtenues, suivant le sens du croisement. Il peut également se produire des incompatibilités d'ordre mécanique ou chimique entre pollen et papilles stigmatiques, ou entre tube pollinique et ovaire, donc des entraves à la fécondation, qui peuvent également être variables suivant le sens du croisement.

La conséquence pratique de tout ceci est que si l'on veut tester un croisement donné il est nécessaire de l'effectuer dans les deux sens avant toute conclusion. Un croisement difficile ou peu viable dans un sens peut parfois se révéler plus facile et vigoureux dans l'autre sens.

6.3. L'hétérosis

Le phénomène d'hétérosis, également nommé vigueur hybride, est très attendu des hybrideurs du dimanche (et parfois des autres... ).

Nombre d'ouvrages de jardinage et de vulgarisation horticole ont depuis longtemps fait passer dans l'esprit de leurs lecteurs qu'un hybride est en général plus vigoureux et moins fragile que ses parents. Et de là à dériver de la biologie vers la sociologie et la philosophie pour expliquer ce phénomène il n'y a qu'un pas, que certains n'hésitent pas à franchir...

Ces mêmes ouvrages oublient le plus souvent de signaler que si l'hétérosis est un phénomène bien réel c'est parce qu'il n'est que l'image en miroir de la dépression consanguine ! On ne peut donc le mettre réellement en évidence qu'en croisant des lignées fortement homozygotes dans lesquelles certains allèles défavorables récessifs peuvent arriver à s'exprimer. Il en va ainsi d'une grande partie des races potagères ou florales fixées et multipliées par graine. D'où l'intérêt apparent des variétés hybrides F1 sur le plan de la vigueur, en sus de leur énorme intérêt commercial du fait de leur "copyright biologique"...

Le phénomène constaté de vigueur hybride, ou hétérosis, n'est alors que l'expression de la restauration de l'hétérozygotie chez des organismes tolérant mal l'autogamie et l'accroissement de l'homozygotie que celle-ci entraîne inévitablement.

Il a été montré par ailleurs que les Joubarbes présentaient tous les caractères de plantes allogames à fort niveau d'hétérozygotie. Il n'y a donc pas lieu de s'attendre à constater un quelconque hétérosis lors des croisements interspécifiques. Ceci reste valable pour les croisements impliquant des cultivars, en effet l'ensemble de ceux-ci est issu de la seule sélection clonale et il n'existe dans ce genre aucune lignée horticole fixée (c.à.d. fortement homozygote).

Vos hybrides ne seront donc ni plus ni moins vigoureux que leurs parents, et les inévitables exceptions à cette règle ne seront que le résultat de la dispersion statistique. Et tant pis pour le mythe !

 

VOS AJOUTS ET COMMENTAIRES A PROPOS DE CETTE PAGE :


Hortico (24/01/2009) :
Si en général l\'hybridation semble apporter un plus en vigueur, en floribondité, en
adaptabilité, en originalité, il me semble en contrepartie que l\'excès d\'hybridation
sur plusieurs générations semble produire des végétaux de plus en plus exigeants et
fragiles (cas des rosiers, iris ou autres genres très travaillés)

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