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Sempervivophilia

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Exigences d'environnement > Sol et milieu de culture

Sol et milieu de culture

Les rapports d'une plante avec son substrat sont souvent complexes et parfois "conflictuels". Ici encore les Joubarbes feront preuve de bon caractère et démontreront la grande plasticité de leur besoins physiologiques.


 Sommaire :

1. Nature physico-chimique

2. Drainage

2.1. Nécessité du drainage

2.2. Comportement des Joubarbes en fonction du drainage

2.3. En pratique

3. Composition

3.1. Remarques à propos de la vermiculite et de la perlite

3.2. Substrat et mycorhizes


1. Nature physico-chimique

Même si, dans leurs stations, certaines espèces paraissent plus ou moins inféodées à un certain type de sol, on constate en culture une indifférence quasi totale des Joubarbes à la nature physico-chimique du substrat. D'ailleurs, in situ, les diverses inféodations à un type de sol semblent le plus souvent relever de la compétitivité sélective plutôt que de réels besoins physiologiques.

Que ce soit un gravier calcaire, de la glaise, du sable, du fumier semi-décomposé, ou de la tourbe, tout peut à la rigueur convenir si l'on a rien d'autre sous la main ! La présence d'un peu de matière organique est néanmoins souhaitable, on verra plus loin pourquoi.

Il est aisé d'effectuer des comparaisons entre divers substrats de culture pour une même plante, toutes les conditions restant par ailleurs identiques. La seule différence que l'on constatera sera due à l'éventuelle différence de richesse en éléments minéraux assimilables entre les divers substrats et non à la nature des substrats eux-mêmes. En effet, si l'on compense la pauvreté initiale d'un substrat, par des apports d'engrais régulier, toute différence disparaît.

A noter qu'il n'y a encore pas si longtemps, dans les campagnes, pour implanter S. tectorum sur un toit en "dur", on calait tout simplement sur celui-ci une belle bouse de vache dans laquelle on piquait quelques rosettes qui ne tardaient pas à y prospérer. Ce substrat, très éloigné de ceux de leurs sites naturels, s'avérait pourtant le plus performant dans ces conditions (du fait de sa nature fibreuse et de sa richesse). Le plus étonnant est que cette pratique est attestée aussi bien en Bretagne qu'en Allemagne (Bade-Wurtemberg) ou en Roumanie (dans le district de Prahova). De là à conseiller la bouse fraîche comme substrat de culture pour les Joubarbes en pots, c'est selon vos goûts et odorat...

Inutile donc de se casser la tête avec l'élaboration de substrats sophistiqués, même pour conserver des "perles rares" ou des plantes caractérielles, la nature physico-chimique du substrat étant de peu d'importance et ne se comportant apparemment pas comme un facteur limitant pour la croissance des Joubarbes. Si celles-ci ne se comportent pas bien en culture, ce n'est certainement pas dans la nature du sol ou du substrat des pots qu'il faut en chercher la cause première.

2. Drainage

2.1. Nécessité du drainage

Quand on se trouve en présence d'une plante succulente, on pense immédiatement qu'un substrat très drainant est indispensable, sous peine de pourriture rapide. Qu'en est-il pour les Joubarbes ?

Les Joubarbes sont d'authentiques succulentes et pourtant la qualité du drainage de leur substrat semble d'importance assez mineure, que ce soit en culture de pleine-terre ou en hors-sol. Là encore, le fait que leurs substrats naturels soient quasi-constamment des milieux très drainants relève plus d'un accroissement de la compétitivité sélective en de tels lieux que d'une sensibilité particulière à l'humidité persistante ou à la mauvaise aération du sol.

La nécessité d'un bon drainage n'est donc pas si évidente que cela. Attention ! un drainage correct reste tout de même préférable et un drainage minimum est indispensable... Les Joubarbes ne sont pas des nénuphars et si vous oubliez de percer des trous d'évacuations au fond de leurs pots, elles vous le rappelleront vite...

2.2. Comportement des Joubarbes en fonction du drainage

Si la partie aérienne de ces plantes est souvent sensible à l'humidité hivernale et prompte à pourrir pour ce qui est des feuilles, l'appareil radiculaire et la souche semblent, au moins dans la plupart des cas, d'une résistance étonnante par rapport à bien d'autres plantes alpines ou succulentes. L'humidité permanente du substrat est donc très bien supportée par la souche et les racines.

Chez nombre de plantes succulentes la perte par pourriture démarre le plus souvent à partir des racines (ou du collet), mais chez les Joubarbes (hormis le cas particulier de Jovibarba heuffelii et de sa souche caudiciforme) la pourriture démarrera quasiment toujours à partir des feuilles, et plus précisément à partir des feuilles adultes médianes et périphériques, le point végétatif apical résistant beaucoup mieux ou plus longtemps. C'est donc le drainage superficiel qu'il faudra privilégier.

2.3. En pratique

On cherchera donc à améliorer le drainage superficiel, c.à.d. à accélérer l'assèchement de la couche superficielle du sol, et cela pour deux raisons :

  • Diminuer le contact direct des feuilles avec le substrat humide
  • Diminuer l'évaporation de surface, qui crée une couche d'air humide et dense stagnant au niveau du sol.

Pour cela, on apportera une couche de sable grossier sur le substrat au niveau du collet des touffes.

Dans le cas de Jovibarba heuffelii et affines, le drainage superficiel pourra être de bonne épaisseur, car cette espèce développe une grosse souche pérenne et plus ou moins caudiciforme qui mérite quelque attention, bien que par ailleurs il s'agisse de l'une des Joubarbes les plus résistantes à l'humidité pour ce qui est du feuillage lui-même.

La couche drainante de surface devrait théoriquement être entretenue annuellement. En effet, toutes les Joubarbes se forment elles-mêmes leur propre sol par l'accumulation et la décomposition plus ou moins complète de leurs feuilles inférieures, qui se renouvellent constamment mais sans se détacher de la souche. Les vieilles feuilles s'accumulent donc progressivement en couche épaisse et compacte à la base des rosettes. Ce mécanisme d'auto-recyclage aboutit rapidement à former une épaisse couche d'un beau terreau brun-noir recouvrant la couche de drainage. Cette accumulation d'humus néoformé est certainement bénéfique dans les conditions des sites naturels, où ces plantes se trouvent souvent en situation de plantes pionnières saxicoles, mais présente surtout des inconvénients en conditions de culture.

Sur les sites naturels, on constate que l'humification de cet amas dense de vieilles feuilles semble rester bloqué au stade de l'humus brut, même en conditions relativement humides (sans doute par acidité excessive de l'humus ainsi formé). Cette dégradation incomplète peut ainsi entraîner l'accumulation d'une litière organique peu décomposée d'épaisseur non négligeable par rapport à la taille modeste de ces plantes, surtout sur roche-mère cristalline ou décarbonatée.

En culture, on constate que cette couche humique retient malheureusement beaucoup trop d'humidité en hiver sous les feuilles et annihile ainsi l'effet du drainage superficiel. De plus, elle constitue un abri et un garde-manger idéal pour les cloportes, qui sont fort utiles quand ils se contentent de recycler ces vieilles feuilles, en hâtant ainsi leur humification, mais dont l'ardeur au travail les fait parfois outrepasser les limites entre tissus morts et tissus vivants...

Il est donc souhaitable, (si l'on est du genre patient... ) de procéder en cours d'automne, puis de nouveau en cours d'hiver, à un nettoyage soigneux des touffes, en s'aidant par exemple d'une pince genre fortes brucelles, ou d'une pince fine d'électricien. On en profitera éventuellement pour rajouter un peu de matériau drainant en surface. Un inconvénient supplémentaire de cette litière de vieilles feuilles accumulées est qu'elle est très difficilement remouillable après avoir complètement séché en été (de la même manière que de la tourbe blonde) ce qui peut représenter une gêne à l'arrosage des plantes en pots quand les rosettes recouvrent toute la surface du récipient de culture.

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Un truc simple et efficace pour drainer les pots sans avoir rien à faire est de les coucher sur le flanc durant l'hiver, même sous abri, et cela tant que leur substrat ne sera pas sec. Ceci évite la formation d'une fine couche d'air humide et dense retenue par les bords du pot.

3. Composition

Bien que cela soit de peu d'importance, on pourrait dans l'idéal conseiller comme milieu de culture, uniquement à titre d'exemple et pour la seule culture en pots, le mélange suivant :

- Couche profonde : drainage facultatif mais conseillé de petits graviers recouverts d'une fine couche de sable grossier.

- Compost de remplissage :

- 1/4 sable grossier
- 1/4 vermiculite ou perlite (ou mélange des deux)
- 1/4 terreau de compostage bien décomposé
- 1/4 terre franche de jardin

En mélange non tassé, car les arrosages et surtout les pluies s'en chargeront secondairement.

- Couche superficielle (sur 1 à 2 cm) : 1/2 sable grossier + 1/2 compost de remplissage.

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Le terme "terre franche de jardin" acceptant autant de définitions qu'il existe de jardins, tout autre "recette" sera certainement aussi adaptée et procurera d'aussi bons résultats...

A noter que si ces proportions sont modifiées, il est préférable que ce soit par une augmentation de la fraction en matière organique (c.à.d. par augmentation de la terre franche et surtout du terreau) plutôt que par une augmentation de la fraction minérale inerte (sable et perlite/vermiculite), le rapport d'1/2 pour celle-ci représentant, sauf cas particuliers, un maximum à ne pas dépasser car imposant au-delà des apports répétés d'engrais minéraux. Ce rapport ne représente en effet qu'un compromis entre l'objectif de bonne conservation des plantes et celui de bonne croissance et comme tout compromis il ne représente donc l'optimum ni de l'une ni de l'autre.

Pour la culture en pleine-terre, le sol naturel tel qu'il se présente sera toujours bien adapté, sans qu'il soit nécessaire de se lancer dans de pénibles et coûteuses tentatives pour le corriger.

3.1. Remarques à propos de la vermiculite et de la perlite

Ces deux composants ont des caractéristiques équivalentes au départ : granuleux, inertes, aérés, hygroscopiques, imputrescibles, quasi stériles. Cependant, la perlite vieillit beaucoup mieux une fois intégrée au compost que la vermiculite dont les paillettes s'altèrent et se désagrègent progressivement. Par contre, la vermiculite se mélange de manière plus cohérente avec le compost et y adhère mieux, alors que la perlite tend à s'en dissocier facilement, surtout à sec. Leur prix est modique et assez proche, mais la vermiculite est beaucoup plus facile à se procurer (marchands de matériaux, magasins de bricolage) alors que la perlite ne se trouve que difficilement ailleurs que chez les grossistes en fournitures horticoles. Une dernière différence est que les produits de dégradation de la vermiculite seraient à tendance alcaline alors que ceux de la perlite seraient à tendance acide, d'une part cela reste à vérifier et d'autre part c'est assez secondaire du fait de l'inertie physico-chimique assez marquée de ces matériaux.

On pourrait éventuellement considérer que la perlite est plus adaptée pour un substrat utilisé hors-abri et la vermiculite pour un substrat utilisé sous-abri. En fait, l'usage de l'un ou de l'autre de ces matériaux est une question d'opinion personnelle et surtout de disponibilité locale.

3.2. Substrat et mycorhizes

Lorsque vous préparez un substrat neuf pour empoter des Joubarbes, c.à.d. un substrat sans trace de sol ayant hébergé récemment des Joubarbes, il est préférable d'y ajouter un peu de vieux substrat, particulièrement si vous compter y piquer de jeunes rosettes sans racines. Pourquoi ? Tout simplement parce que les Joubarbes croissent en symbiose avec certains champignons du sol avec lesquels elles forment des mycorhizes. Les mycorhizes sont particulièrement nombreuses chez ces plantes et elles augmentent considérablement les apports hydriques et minéraux. En fait, il y a de fortes chances que votre substrat contienne déjà les champignons nécessaires mais la probabilité qu'il ne les contienne pas n'est pas nulle, donc ajoutez toujours un peu de vieux substrat par sécurité. Si vous rempotez des plantes munies de leurs racines cette précaution est inutile car elles sont généralement déjà porteuses de mycorhizes et ce sont elles qui ensemenceront le substrat si nécessaire.

Mycorhize sur racine de Sempervivum.

Résultat d'une symbiose entre plante et champignon, ces minuscules organes d'un demi-millimètre de long sont d'une importance fondamentale dans la nutrition des plantes. Il faut tout faire pour favoriser leur apparition.

L'importance des mycorhizes chez Sempervivum explique aussi que ces plantes apprécient la présence d'un peu de matière organique dans le substrat plutôt qu'un substrat purement minéral.. En effet, sans la présence d'un minimum de matière organique, les champignons mycorhyziens ne peuvent se développer normalement. Cependant, même absente au départ cette matière organique est vite auto-produite par les vieilles feuilles de la base des rosettes. On constate d'ailleurs souvent la présence de racines mycorhizées qui s'insinuent entre ces vieilles feuilles.

 

VOS AJOUTS ET COMMENTAIRES A PROPOS DE CETTE PAGE :


Gaétan Couturier (07/03/2007) :
Le Hasard faisant bien les choses, je vous ai trouvé.

Vous êtes de mes favoris maintenant.

Je me suis procuré une petite collection de «Sqaw Maontain» avec des résultats mitigés.
Mais j\'Mai hâte au printemps pour planter.
Comme je suis parvenun à l\'âge de la patience, je verrai les résultats.

Magnifique, je vous remercie popur votre dévouement

bamboujl (07/11/2008) :
Merci beaucoup pour ces pages que j\'ai lues avec beaucoup de plaisir et que je reviendrai
consulter...

Bets (16/05/2009) :
bonjour.je suis artiste céramiste etje crée des plaques murales avec des pochettes pour y
mettre des sempervivums. j\'ai appris beaucoup sur ces plantes grace à vous.merci.

Esnault michel (22/11/2009) :
Chapeau bas.
Rare sont les sites aussi complets, et accessibles à tous.
Un grand merci pour votre contribution

Falacrocsimor (17/11/2014) :
Peu de sites aussi complets et explicites que le votre dans un domaine ou erreurs et
fantaisies foisonnent . Bravo et merci .

papylou (25/07/2015) :

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