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Avant-propos
Variabilité et Polymorphisme
POURQUOI et COMMENT les Joubarbes sont-elles
des plantes si variables ? S'il est un sujet essentiel à la compréhension
du genre Sempervivum, c'est certainement celui-ci. En effet, TOUS
les problèmes taxinomiques et nomenclaturaux liés à ce
genre en découlent plus ou moins directement.
Sommaire (page 1 de 3)
:
1. Généralités
2. Variation suivant les conditions du milieu
2.1. Interaction d'un génotype et de son milieu
2.2. Sélection d'écotypes
2.3. Remarques à propos de la notion d'adaptation
3. Variation interindividuelle
4. Variation individuelle perannuelle
5. Variation individuelle interannuelle
5.1. Remarques sur l'anisophyllie
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1. Généralités
Le genre Sempervivum, tel que défini par
ailleurs, peut être considéré comme homogène
et bien circonscrit. Malheureusement, il n'en va pas de même de la plupart
des "espèces" (et des multiples taxons
infraspécifiques) qui le constituent. S'il est relativement facile de
rattacher les membres de ce genre à certaines espèces collectives
(désignées alors par les termes "agrégats", "complexes",
ou "grex") assez bien définies, il est souvent fort difficile
d'aller au-delà, même avec une bonne connaissance et une bonne
expérience de ces plantes. En effet, la plupart des taxons du genre
Sempervivum sont non seulement morphologiquement proches entre eux, mais
se caractérisent par une grande variabilité exprimée par
un large polymorphisme ainsi que par une grande réactivité aux
conditions du milieu, facteurs qui concourent à rendre leur détermination
aussi difficile que sont floues et intriquées les diagnoses
et descriptions tentant de les
cerner.
Le terme et la notion d'espèce "collective" sont combattus
par certains botanistes, qui considèrent soit que ce sont des espèces
au même titre que les autres espèces au sens habituel, soit que
ce sont des groupes plus ou moins artificiels devant être scindés
en plusieurs espèces ou taxons infraspécifiques. Pourtant, comment
sans cette notion interpréter les "nébuleuses" que constituent
certaines de ces "espèces" telles que S. globiferum (S. hirtum),
S. tectorum , ou S. marmoreum, etc. En fait, la notion
d'espèce collective semble une réalité, même si cela
contrarie les postulats de la nomenclature classique. Vue comme un processus
évolutif dynamique, une espèce collective n'est plus tout à
fait une espèce au sens habituel mais ce n'est pas encore un groupe d'espèces
distinctes apparentées ni un ensemble de taxon infraspécifiques
clairement individualisables. Une espèce collective, c'est le stade intermédiaire
entre ces états. Seule une vision trop cartésienne, voire fixiste,
peut faire nier cette évidence.
La conséquence de cette variabilité du genre Sempervivum
a été la création, à une certaine époque,
d'une véritable "nomenclature-saucisson" du style "tranches extra-fines",
complexe et tarabiscotée. Celle-ci est bien peu utilisable, en raison
de son hypertrophie et surtout de son absence de structuration et de vision
globale du genre. Mais surtout, cette nomenclature ancienne reste bien peu représentative
de la réalité de ce groupe de plantes, du fait de cloisonnements
multiples et de niveaux imprécis, cloisonnements peu évocateurs
des rapports et des liens étroits entre les taxons, malgré l'évidente
multiplicité et diversité de ceux-ci.
Réalisation tout aussi insatisfaisante et indigeste sera
la "nomenclature-ravioli", qui succèdera à la "nomenclature-saucisson"
(après l'avoir initialement précédée d'ailleurs... ),
regroupant sous quelques vastes enveloppes taxinomiques communes un bourbier
d'ingrédients d'origine aussi diverse qu'inhomogène et liant le
tout par une sauce aussi artificielle que douteuse (cf. historique de la nomenclature).
Qu'en est-il donc du fameux polymorphisme et de la variabilité
des membres de ce genre, évoqués consensuellement par tous les
auteurs, et qui ont fait et feront sans doute encore couler beaucoup d'encre ?
Cette variabilité se présente sous plusieurs
aspects bien distincts dans leurs mécanismes, mais intriqués et
souvent indissociables dans la réalité des faits. Il ne faut
donc pas perdre de vue que tenter d'en analyser les modalités individuellement
et séquentiellement, comme ici, est certes une nécessité
didactique mais présente un côté un peu artificiel.
Les facteurs et mécanismes de variation énoncés
plus bas ne sont bien sûr pas particuliers aux seules Joubarbes, et intègrent
le cadre plus large de la variation chez les végétaux supérieurs,
voire chez les organismes vivants en général. Cependant, le genre
Sempervivum les présentent de manière si exhaustive, à
un niveau si élevé et si démonstratif, et surtout de manière
si associée, que ce genre est en la matière un véritable
"cas d'école" :
Voyons donc le pourquoi et le comment d'une telle variabilité
:
2. Variation suivant les conditions du milieu
Le milieu est à considérer comme la somme autant
que l'interférence des conditions climatiques, édaphiques,
et biotiques. Les variations observées entre les populations
d'une même espèce suivant les différents milieux, et induites
par ceux-ci, peuvent être expliquées par deux mécanismes
fondamentalement différents :
1) L'interaction d'un génotype
et de son milieu, exprimée par la production d'accommodats.
2) La sélection d'écotypes
par la pression de sélection caractérisant ce milieu.
Remarque importante : toute variation constatée
entre des populations de milieux différents n'est pas nécessairement
(ou pas uniquement) liée aux conditions de ces milieux, comme on le verra
plus loin.
2.1.
Interaction d'un génotype et de son milieu
La plupart des sempervivums font, dans leurs milieux naturels,
preuve d'une plasticité morphologique étonnante en réponse
aux différentes conditions de ces milieux et aux variations de celles-ci.
On observe donc ce que l'on appelle la formation d'accommodats, c.à.d.
des variations purement phénotypiques
liées aux diverses conditions d'altitude, d'ensoleillement, de température,
de pluviométrie, de substrat, etc. et aux divers périodismes liés
à ces facteurs externes. Cette faculté des génotypes
de moduler ainsi leur expression et d'induire des accommodats très différenciés
(faculté que l'on désigne par plasticité phénotypique)
s'observe avec une fréquence relativement élevée chez de
nombreuses plantes de montagne et de bord de mer à biotopes
suffisamment variés et étendus, mais est ici particulièrement
marquée. On peut donc parler pour les Joubarbes de forte réactivité
accommodative.
Ainsi, il peut être très difficile de faire in
situ le rapprochement entre deux exemplaires de Sempervivum de localisations
différentes, alors qu'une fois mis en culture uniforme, ces exemplaires,
initialement fort dissemblables, présenteront un aspect parfaitement
identique (et souvent fort différent des deux premiers aspects in
situ ! ).
De plus, deux accommodats
d'espèces différentes mais croissant dans les mêmes conditions,
peuvent parfois présenter entre eux des similitudes telles qu'elles prêtent
parfois à les confondre, se ressemblant souvent beaucoup plus entre eux
que ne le feraient deux accommodats d'une seule et même espèce
croissant en milieux contrastés. Cependant, une fois mis en culture uniforme
dans des conditions différentes de celles des milieux originels, les
caractères des premiers divergeront souvent notablement alors qu'au contraire
les caractères des seconds se rapprocheront (un tel phénomène
de convergence des accommodats peut, par exemple, parfois se constater dans
certaines aires communes de S. calcareum et S. tectorum).
Les caractéristiques essentielles de ce type de variation
sont donc :
- sa nature phénotypique.
- sa rapidité d'apparition : au cours d'une seule
génération.
- sa réversibilité rapide et totale.
2.2.
Sélection d'écotypes
Un écotype
est une variation génotypique,
due à la pression de sélection naturelle associée à
un milieu déterminé. Contrairement à l'accommodat,
qui est une variation de la seule expression du génotype,
ce dernier reste donc stable, l'écotype est une variation au niveau du
génotype lui-même.
La pression de sélection du milieu, liée aux divers
paramètres de ce milieu, va augmenter au niveau des génomes
qui y sont soumis la fréquence de certains allèles
favorables dans ces conditions données et diminuer celle des allèles
défavorables, cela au fil des générations sexuées.
Ce mécanisme est valable aussi bien au niveau des lignées d'individus
qu'au niveau des populations globales. Les allèles
ainsi sélectionnés peuvent soit préexister dans le pool
génique du taxon initial, soit y apparaître secondairement par
mutation aléatoire.
Ce phénomène de sélection d'écotypes
est en général peu important pour ce qui concerne la variabilité
au sens habituel que l'on donne à ce terme. En effet, la "variabilité"
est souvent identifiée, à tort, à la seule variabilité
morphologique. La sélection d'écotypes entraîne surtout
l'apparition de variants (ou à terme de vicariants)
dont l'adaptation au milieu est essentiellement de nature physiologique,
donc d'étude plus difficile et moins évidente au premier abord.
Les caractéristiques essentielles de ce type de variation
sont donc :
- sa nature génotypique
(contrairement au simple accommodat).
- son apparition et sa stabilisation nécessitant
plusieurs générations sexuées.
- l'aboutissement à une adaptation plus étroite,
sinon plus performante, du génotype
originel aux conditions de son biotope
(voir plus bas).
- son irréversibilité (ou plus exactement
sa stabilité à court et moyen terme).
Ainsi, comme dans beaucoup d'autres genres, et peut-être
plus que dans beaucoup d'autres, une nomenclature du genre Sempervivum
qui serait basée uniquement sur la morphologie ne saurait être
qu'incomplète voire approximative du fait de l'inconstance de celle-ci.
Les critères physiologiques sont tout autant discriminants que la pilosité
ou la couleur d'un pétale... Les critères morphologiques pouvant
même n'être considérés que comme la partie émergée
de "l'iceberg-génotype". Mais la grosse difficulté consiste à
appréhender et qualifier ces critères physiologiques en tant que
critères taxinomiques. Ceux-ci sont pourtant tout aussi déterminants
que les premiers. Le but de cette remarque n'est pas de suggérer de pulvériser
un peu plus la nomenclature par une pléiade de nièmes et
inutiles sous-races de sous-sous-variétés, mais simplement de
mettre en évidence l'importante notion de "taxon physiologique" et que
certains caractères peuvent être aussi réels, constants,
et significatifs, sinon plus, que trois poils ici ou là. Cependant, la
difficulté générale à les qualifier et les quantifier
sans l'aide de techniques souvent évoluées, complexes, multidisciplinaires,
et surtout... aussi longues que coûteuses, les fait négliger, ce
qui est regrettable, voire ignorer, ce qui est impardonnable. Les méthodes
des relevés et des analyses phytosociologiques permettent cependant la
détection présomptive d'écotypes
sans le recours à ces techniques complexes (hormis les inévitables
calculs statistiques... ), et y voient là sans doute leur principale
et leur plus belle justification. Pour simplifier, disons que si une plante
caractéristique d'une association donnée se retrouve dans un autre
type d'association, il est probable qu'il s'agisse en fait de deux écotypes
différenciés de cette plante, même si les deux aspects morphologiques
sont strictement identiques.
Qu'il soit bien clair que les remarques assassines faites par
ailleurs dans ce document à l'encontre de la Phytosociologie, s'attaquent
à son approche nomenclaturale, donc à son concept formel, mais
pas à son principe même.
La contrepartie de cette sous-estimation des caractères
purement physiologiques est, hélas, la survalorisation des critères
morphologiques en tant que critères de classification. Reconnaissons
toutefois que ceux-ci doivent rester la base de la nomenclature linnéenne,
ceci dans un simple esprit pratique, mais la base ne doit pas constituer le
tout.
2.3.
Remarques à propos de la notion d'adaptation
On a vu qu'un écotype
se définissait par son adaptation aux caractéristiques
du milieu qui l'héberge. Cette adaptation d'un écotype
est nécessairement le reflet et la conséquence de l'apparition
à un moment donné d'avantage(s) sélectif(s) quelconque(s)
chez certains individus d'une population générale initiale soumise
aux conditions d'un milieu précis, limité et homogène.
Le facteur d'avantage peut aussi préexister de manière
potentielle chez certains individus, se comportant alors en facteur indifférent
(voire parfois plus ou moins péjoratif) et ne devenir un avantage
effectif que suite à une modification du milieu. La survie de ces individus
et/ou la transmission de leurs caractères à la descendance vont
alors être facilitées par cet avantage, ce qui définit
la notion même d'avantage sélectif. La facilitation du maintien
et/ou de la reproduction des individus porteurs d'avantage(s) se faisant
nécessairement au détriment des non-porteurs, cela va entraîner
à terme une variation, donc une évolution, de l'éventail
moyen des génotypes de
cette population.
Cependant, il ne faut pas se méprendre sur cette notion
d'adaptation d'un organisme à son milieu. Son sens étant
souvent mal compris, les considérations qui s'y rattachent risquent donc
d'être mal interprétées. En effet, plus un organisme (au
sens d'une population) est adapté à un milieu précis
et plus il en est dépendant. C'est-à-dire que :
Plus son adaptation sera étroite, plus il sera
spécialisé et moins il sera efficace pour réagir à
d'éventuelles modifications de ce milieu, en s'en accommodant
ou en s'y adaptant. De même, il ne pourra que difficilement s'étendre
à des milieux autres que celui qui le conditionne.
Un avantage adaptatif local n'est donc pas forcément
synonyme d'un réel avantage au sens d'un accroissement de la probabilité
de maintien et de transmission des génotypes
concernés dans le temps. Un avantage adaptatif à court terme
ne se traduit pas forcément par un avantage évolutif à
long terme pour l'organisme concerné. D'un point de vue terminologique,
il ne faut donc pas interpréter les termes "évolué" et
"adapté" comme l'expression d'une quelconque échelle de valeurs
par rapport à "primitif", "initial", "originel", etc. Ces termes ne sont
que la simple constatation (ou suspicion) de processus inhérents à
l'évolution naturelle des organismes vivants. Ces termes constituent
donc plus une échelle de temps (c.à.d. que l'"évolué"
est nécessairement d'apparition plus récente que le "primitif")
qu'une échelle de valeurs. L'évolution étant
un phénomène biologique universel et non orienté, il est
essentiel de ne pas perdre de vue que :
L'évolution naturelle
des êtres vivants n'a pas de finalité, elle n'a que des conséquences.
...et toute affirmation contraire nous entraînerait hors
du cadre de la science pour rentrer dans celui de l'interprétation philosophique...
A l'échelle des temps et de la Vie, toute adaptation étroite d'un
organisme à un milieu précis, aussi performante puisse-t-elle
paraître, accroît paradoxalement le risque de disparition à
terme de cet organisme ou le risque que cette adaptation aboutisse à
un cul-de-sac évolutif. Ainsi, la vigueur apparente de l'arbre de la
Vie masque-t-elle en fait beaucoup de branches mortes ou stériles....
Chez les plantes, on peut parfois suspecter être en présence
des conséquences néfastes d'une adaptation trop étroite
quand on constate pour une espèce ou une simple forme que...
"rareté globale = abondance locale"
...ce phénomène trompeur n'est pas exceptionnel
et est l'indicateur d'une grande réactivité et fragilité
potentielle aux divers facteurs de modifications du milieu dont le facteur anthropique
n'est pas le moindre...
Cette digression n'est pas superflue pour une bonne compréhension
de la variabilité dans le genre Sempervivum et l'interprétation
de ses multiples formes géographiques, dont certaines sont très
ponctuelles.
3. Variation interindividuelle
Les variations constatées entre individus croissant dans
des conditions identiques à l'intérieur d'une même population,
et qui persistent lors de la mise en culture uniforme de ces individus, traduisent
le fait que, chez Sempervivum, la plupart des espèces et
taxons infraspécifiques (donc des types génomiques) sont intrinsèquement
variables, la notion de 'Type' devant donc être considérée
uniquement comme une nécessaire (?) convention nomenclaturale.
In situ, les populations de Joubarbes présentent
souvent autant de types morphologiques qu'il y a de touffes présentes !
Néanmoins, ces variations interindividuelles, bien que génotypiques
puisque les conditions de milieu sont homogènes pour tous les individus,
n'en sont pas pour autant héréditairement fixées, et témoignent
simplement d'un haut niveau d'hétérozygotie
des génotypes pour un grand
nombre de caractères. A chaque génération sexuée,
l'éventail de la palette génique est de nouveau brassé
et scindé par la méiose
puis reconstitué par la fécondation.
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Un exemple de variation interindividuelle in situ.
Contraste de pigmentation entre deux individus en situation identique
dans une même population. Le clone de gauche est presque entièrement
vert tandis que le clone de droite est pourpre très foncé.
Si on pouvait voir les individus voisins absents de la photo, on y trouverait
tous les stades intermédiaires entre ces deux plantes.
[in situ / Le Pertuiset 500 m 98A22 ]
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Les éléments de variation interindividuelle les
plus fréquemment constatés chez Sempervivum concernent
essentiellement la taille générale, la forme des feuilles, la
nuance et la répartition de la pigmentation, et d'une manière
moins marquée le caractère plus ou moins globuleux des rosettes
(par croissance secondaire des feuilles, non par réaction à la
sécheresse), la pilosité et le caractère glanduleux de
celle-ci, l'abondance et la longueur des stolons.
Bref, pratiquement toutes les caractéristiques végétatives
peuvent être plus ou moins impliquées. Les caractères de
l'inflorescence le sont beaucoup moins, comme il est généralement
de règle. Cependant, les variations de taille et de ramification de celle-ci
ne sont ni rares ni limitées, mais il est dans ce cas difficile d'apprécier
ce qui relève du domaine de l'accommodat
phénotypique, de la variation
génotypique intrinsèque
d'un même taxon, ou d'un réel critère spécifique
ou infraspécifique (de nombreuses "espèces" ont été
anciennement décrites sur ce seul critère). Le critère
floral relevant le plus nettement de la variation interindividuelle est le nombre
des divisions florales (celui-ci pouvant d'ailleurs parfois varier légèrement
chez un même individu...), qui, dans une espèce donnée,
est en effet plus souvent une fourchette de valeurs qu'un critère absolu.
De plus, les critères floraux et inflorescentiels sont globalement très
homogènes dans ce genre (hormis le hiatus entre Sempervivum proprement
dit et Jovibarba), et sont donc insuffisamment discriminants pour l'établissement
d'une systématique précise,
les subtiles nuances sémantiques des anciens botanistes à propos
de l'aspect des écailles hypogynes
restant d'appréciation et d'utilisation bien délicate...
4. Variation individuelle perannuelle
Les caractères de forme, de coloris, de pilosité
de la rosette sont fortement liés au déroulement du cycle végétatif,
sans qu'il puisse pour cela être établi des règles générales
quant à cette variation sur l'année. Ainsi, de nombreuses espèces
arborent une pigmentation estivale très marquée alors que d'autres
verront leur coloration maximale lors du repos hivernal, ou uniquement au départ
printanier de la végétation, pour arborer ensuite un vert assez
uniforme au plus fort de l'été. La pilosité foliaire peut
elle-aussi présenter une variation perannuelle importante qui fera qu'un
individu d'une espèce considérée comme pileuse pourra être
parfaitement glabre à certains moments de l'année et inversement.
Une plante observée à un moment donné,
peut ainsi différer totalement de l'aspect conventionnel de sa description,
aspect qu'elle arborera peut-être de manière caractéristique
quelques semaines plus tard.
Ces profonds changements d'aspect en cours de cycle peuvent donc
facilement entraîner des confusions, voire des assimilations hasardeuses
par l'impossibilité momentanée de reconnaître et différencier
certains taxons entre eux à certaines périodes de l'année,
alors qu'un peu plus tard leurs aspects divergeront complètement.
Il est donc important, pour l'identification, que tout caractère morphologique
descriptif ou diagnostique se réfère à une période
précise, qui, classiquement et par défaut, est celle de la floraison,
bien qu'elle ne soit pas forcément toujours la plus discriminante dans
ce genre.
Cette importante variation individuelle perannuelle a également
pour conséquence la fréquente impossibilité de l'identification
extemporanée d'un exemplaire d'étude, l'observation de l'évolution
de son aspect dans le temps pouvant être un élément indispensable
à celle-ci. On voit donc que l'identification sur le terrain de certaines
Joubarbes n'est pas toujours facile et peut nécessiter, avant toute conclusion,
leur mise en culture et leur observation sur un cycle annuel végétatif
complet, et si possible poursuivie jusqu'à la floraison. L'identification
d'un exemplaire peut donc nécessiter une voire plusieurs années
avant de pouvoir émettre une conclusion... qui n'est souvent qu'une hypothèse !
5. Variation individuelle interannuelle
Elle n'est qu'un aspect particulier et une conséquence
directe de l'interaction d'un génotype
et de son milieu, évoquée plus haut (cf.).
En effet, les petites variations climatiques au niveau local,
inévitables et aléatoires, peuvent entraîner des variations
considérables de l'aspect de ces plantes d'une année sur l'autre.
Ainsi, pluviosité ou sécheresse prolongées provoquent une
adaptation morphologique marquée chez Sempervivum in situ. Il
en va de même pour toutes les variations, même minimes, des conditions
de culture : conditions météorologiques, nutritionnelles,
emplacement, etc. La variation morphologique touche alors aussi bien la forme
générale que la pilosité ou les coloris. Peut-être
faudrait-il aussi inclure dans les éléments de variation interannuelle,
bien que cela soit plus discutable, la production des stolons
(et cela hors du contexte de floraison), car ceux-ci sont curieusement, chez
quelques espèces ou individus, certaines années aussi rares qu'ils
ont été abondants l'année précédente, ou
l'inverse, toutes conditions semblant par ailleurs identiques.
La prise de photographies à une même date, sur plusieurs
années consécutives, d'une même touffe de Joubarbes en culture,
suffit généralement à démontrer la réalité
et l'ampleur de la variation interannuelle chez ces plantes. On aura alors bien
souvent l'impression d'observer deux plantes différentes !
5.1.
Remarques sur l'anisophyllie
Cette adaptation morphologique très particulière
peut s'observer aussi bien in situ qu'en culture, et est d'intensité
très variable suivant les années chez un même individu.
En culture, on l'observe certaines années surtout lors
du passage brutal d'une période pluvieuse à une période
ensoleillée, essentiellement en début d'été. On
constate dans ce cas, chez beaucoup d'espèces, l'apparition d'une importante
asymétrie des rosettes liée à un développement asymétrique
des feuilles, c.à.d. une anisophyllie.
Les feuilles externes supérieures s'allongent en s'érigeant à
la verticale, les feuilles inférieures restent inchangées ou s'érigent
elles aussi à la verticale mais sans s'allonger. Une interprétation
finaliste verrait là soit une sorte de "rideau pare-soleil" des feuilles
inférieures protégeant le cœur des rosettes ou, au contraire,
une optimisation des surfaces de photosynthèse des feuilles supérieures.
En fait, il semble que ce phénomène soit loin d'être univoque
, et d'interprétation difficile, tant son apparition semble (faussement)
aléatoire suivant les plantes et les années. L'un des facteurs
en cause, en plus du facteur climatique qui vient d'être signalé,
semble être le stress minéral, des apports nutritifs abondants
semblant en effet le minimiser (mais cela resterait à prouver par une
expérimentation rigoureuse).
 |
Un exemple d'anisophyllie
en culture.
L'exposition solaire a parfois été avancée
comme un facteur orientant de cette croissance asymétrique. On
voit qu'il n'en est rien, les rosettes sont ici orientées en tout
sens. Le seul facteur orientant semble être la gravité. Il
est probable que le mécanisme est hormonal, il est fréquent
que l'auxine ait tendance à migrer vers le haut dans un végétal
et on sait la grande réactivité des feuilles de Sempervivum
à cette hormone (voir les effets d' Endophyllum
sempervivi)
|
Ce phénomène d'anisophyllie ne se constate pas uniquement
en culture mais aussi in situ chez certains individus. Dans ce cas aussi
il semble y avoir une certaine relation avec les conditions climatiques car
on rencontre nettement plus d'exemplaires anysophylles durant les étés
de temps variable que durant ceux de beau temps bien établi (ceci n'est
qu'une simple impression personnelle qui nécessiterait confirmation).
 |
Un exemple d'anisophyllie
in situ.
L'inclinaison de la pente met ici en valeur le spectaculaire aspect
de "flammes" des rosettes de cet individu anysophylle de S. tectorum.
[in situ / Grundlsee 700 m 98B39]
|
(.../...)
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